Lors d'une marche contre les violences xénophobes en Afrique du Sud, à Johannesburg, en mars 2022. Lors d'une marche contre les violences xénophobes en Afrique du Sud, à Johannesburg, en mars 2022.   (SIPHIWE SIBEKO)

Face aux actes xénophobes, le SCEAM veut des mesures de prévention

Le Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar a exprimé son inquiétude face à de récents actes de violence xénophobe à l’encontre de ressortissants d’autres pays africains en Afrique du Sud. Le SCEAM appelle le gouvernement de Pretoria à prendre des mesures urgentes, concrètes et durables pour assurer la protection de toutes les personnes vivant sur son territoire, conformément à ses engagements continentaux et internationaux.

Fabrice Bagendekere, SJ – Cité du Vatican

Le message signé par le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa en République démocratique du Congo et président du SCEAM, se réfère aux manifestations xénophobes ayant visé ces derniers jours des ressortissants d’autres pays africains en Afrique du Sud, notamment dans la ville de Pretoria, la capitale administrative du pays. Depuis mardi 27 avril, des centaines de personnes sont descendues dans les rues de la mégapole lors des manifestations organisées par «March and March», portant des t-shirts à slogans visant les quelques 3 millions d’immigrés africains, accusés de «prendre des emplois et d'accroître la criminalité» dans le pays. Dans ces circonstances «particulièrement graves», le SCEAM rappelle avec force que toute violence dirigée contre des étrangers constitue non seulement une atteinte grave à la personne humaine, mais aussi une négation des fondements de la fraternité universelle et de «l’Afrique que nous voulons».

La dignité de chaque être humain, est indépendamment de son origine

Au cœur de cette crise, souligne le SCEAM, se trouve une interpellation fondamentale de la conscience humaine, rappelant la vérité qui fonde la dignité infinie de chaque être humain, «indépendamment de son origine, nationalité, tribu, culture ou statut migratoire», issue de la révélation biblique de l’«Home imago Dei». Il rappelle avec force que «cette dignité doit rester le critère premier de toute organisation sociale et de toute politique publique». «Toute violence dirigée contre des étrangers constitue non seulement une atteinte grave à la personne humaine, mais aussi une négation des fondements de la fraternité universelle et de l’Afrique que nous voulons», affirme le symposium épiscopal africain.

Appel à des mesures durables pour assurer la protection de toutes les personnes sur le territoire

Face à cette impasse, le SCEAM appelle le gouvernement de la République d’Afrique du Sud à «prendre des mesures urgentes, concrètes et durables pour assurer la protection de toutes les personnes vivant sur son territoire, conformément à ses engagements continentaux et internationaux». Il l’exhorte à «garantir des enquêtes impartiales, à identifier et à poursuivre en justice les responsables de ces actes, à mettre un terme à toute forme de justice parallèle et à renforcer l’autorité légitime de l’État».

Le SCEAM réaffirme par ailleurs la nécessité d’un équilibre entre la souveraineté légitime des États et l’exigence impérative pour les migrants de respecter les lois et coutumes de leur pays d’accueil. Ceci implique d’une part, indiquent les évêques en référence au Catéchisme de l’Église Catholique, que les autorités politiques subordonnent l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, d’autre part que l’immigré respecte «avec reconnaissance» le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, obéisse à ses lois et contribue à ses charges.

Appel à l’UA à assumer pleinement son rôle de garante des valeurs continentales

Les violences récemment observées en Afrique du Sud constituent une grave violation des principes africains et du droit continental. Elles portent atteinte aux droits fondamentaux garantis par la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, notamment le droit à la vie, à la dignité, à la sécurité et à l’égalité devant la loi. Elles contredisent également les valeurs profondes du continent, telles que la solidarité africaine, l’esprit de l’Ubuntu – je suis parce que nous sommes – et les idéaux du panafricanisme et de la Renaissance Africaine.

Sur ce, le SCEAM appelle l’Union Africaine à «assumer pleinement son rôle de garante des valeurs continentales, à veiller à l’application effective des instruments juridiques africains en matière de droits humains et à encourager la mise en place de mécanismes de prévention et d’alerte face aux violences xénophobes». «Il en va de la crédibilité de l’Afrique qui aspire à devenir un acteur clé sur la scène internationale», souligne les évêques.

Refuser les discours qui divisent les peuples africains

Enfin, le SCEAM réaffirme son engagement résolu en faveur des migrants, des pauvres et des plus vulnérables, pour promouvoir «une société fondée sur la justice, la paix et la dignité humaine, ainsi que sur le dialogue entre les peuples et les nations africains». Il exhorte les populations à rejeter toute forme de violence, «toute rhétorique de haine et de stigmatisation», à refuser les discours qui divisent les peuples africains et à promouvoir «une culture de la rencontre, de la palabre et de la fraternité africaines». Il invite également tous les hommes et femmes de bonne volonté à «œuvrer sans relâche à la construction d’une Afrique réconciliée, fidèle à sa profonde vocation d’être, du Caire au Cap, une famille de peuples unis dans la dignité et la solidarité».

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06 mai 2026, 16:06