Terre Sainte: la force et l’espoir du chrétien résident dans le signe de la croix
Ibrahim Faltas*
Parmi mes premiers souvenirs d’enfance, l’image de ma mère qui m’aidait de ses mains et de sa voix à faire le signe de croix est très forte. Elle l’avait enseigné à mes frères aînés, puis, après moi, à mes frères cadets, et nous la suivions tous dans ses gestes et ses paroles lorsque nous nous réveillions le matin et avant de nous endormir le soir, lorsque nous commencions le déjeuner et à chaque instant où nous ressentions le besoin de demander l’aide et la protection de Dieu. Porter une croix autour du cou, une médaille à l’effigie de la Vierge Marie ou d’un saint, porter des vêtements religieux, surtout pour ceux qui font partie d’une minorité là où ils vivent, est un signe d’appartenance au Christ. Les chrétiens égyptiens, comme moi, ont une petite croix tatouée sur la main qui indique l’identité chrétienne acquise par le baptême.
Des situations intolérables de violence
À Jérusalem, on assiste de plus en plus souvent à des situations intolérables de violence, d’insultes et d’outrages à l’encontre de lieux sacrés, de religieux et de personnes de confession chrétienne. L’agression physique subie par une religieuse française qui empruntait la route menant au Cénacle a été particulièrement brutale. Les images témoignent d’une attaque répétée et encore plus violente contre une femme sans défense. L’agresseur était seul à cette occasion, mais ce sont souvent des groupes de personnes qui injurient, harcèlent et commettent des gestes de mépris à l’encontre des religieux, des fidèles et des lieux chrétiens. Ce sont des mots, des gestes, des inscriptions sur les murs qui reflètent une haine chargée de férocité et d’arrogance: ce sont des attaques toujours injustifiables, mais elles sont particulièrement inacceptables lorsqu’elles se produisent dans la ville sainte pour les trois religions monothéistes.
Une coexistence possible
Jérusalem est divisée et disputée entre des fidèles qui prient différemment et s’habillent différemment. Cette diversité ne justifie toutefois pas la tension qui continue de rendre la vie invivable pour chacun et pour tous ceux qui se croisent dans les rues et les ruelles étroites de la vieille ville. Une coexistence pacifique est possible si l’on respecte sa propre vie et celle des autres. La paix est possible si nous parvenons à mieux connaître la vie des autres, si nous créons et établissons des relations entre des vies qui se croisent mais qui ne se connaissent pas.
Une haine qui détruit
Une école chrétienne d’un village au Liban a été démolie, rasée par des bulldozers. C’était le seul bâtiment, avec le couvent des religieuses, à ne pas encore avoir été bombardé, et des engins de chantier ont effacé un repère spirituel et éducatif pour des centaines d’enfants et d’adolescents. Au nom de qui et pour quelle raison peut-on détruire et profaner des lieux sacrés, offenser et humilier des êtres humains, piétiner des signes et des symboles religieux? Quel danger peut représenter un lieu de culte, une école, un couvent? S’agit-il d’une violence née d’une idéologie, de préjugés, d’un racisme aveugle? Qu’est-ce qui provoque tant de haine envers ses semblables qui ont des histoires de foi et de vie différentes? Des actes aussi violents ne sont pas des réponses aux comportements de ceux qui professent la foi chrétienne, car les chrétiens de Terre Sainte ne réagissent pas aux provocations; ils sont prêts à accueillir, disposés au pardon et aimants envers leur prochain. Ils sont fiers et fiers d’appartenir au Christ et d’être nés sur la Terre qui a vu ses œuvres terrestres et a entendu sa voix révéler l’amour du Père et la puissance du Saint-Esprit.
Signes distinctifs d’un chrétien
Je ne crois pas que les guerres éclatent à cause de conflits religieux; les raisons sont autres et variées. Je pense toutefois qu’il faut s’opposer et dénoncer les incidents qui sont le signe d’un climat tendu et de situations susceptibles de dégénérer davantage. Vivre l’Évangile, suivre les enseignements de Jésus jour après jour et se reconnaître en Lui, sont les signes distinctifs d’un chrétien qui professe sa foi avec un cœur pur et en toute liberté. Les premières communautés chrétiennes ont subi des persécutions, les premiers martyrs ont témoigné du Christ en offrant leur vie. Les temps ont changé, mais le sentiment de vivre des moments difficiles et complexes est fort. De la croix, signe indélébile de la passion et de la mort de Notre Seigneur, a jailli l’espérance de la vie avec la résurrection. Le signe de la croix, geste spontané et confiant de celui qui place sa confiance dans la miséricorde de Dieu, est notre force. Regardons vers la croix qui aide, soutient et réconforte. Et, grâce à Dieu, à Jérusalem, nous pouvons encore en voir tant!
Ibrahim Faltas, frère franciscain, directeur des écoles de la Custodie de Terre Sainte.
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