Le fleuve asséché du Xingu en Amazonie, le 21 mai 2026. Le fleuve asséché du Xingu en Amazonie, le 21 mai 2026. 

En Amazonie, «le calvaire du Xingu» et la mission de l'Église

Au Brésil, le méandre de la Volta Grande de l'Amazonie est en train de mourir, à force de pollution. Auparavant source d'activités et de vie pour les populations autochtones, le fleuve s'est considérablement asséché et contaminé. Alors que la crise environnementale s’est déjà transformée en urgence humanitaire, le diocèse reste aux côtés de la population.

Vívian Marler *

Au cœur de l’Amazonie, le méandre le plus majestueux du Rio Xingu, la «Volta Grande», est en train de mourir à petit feu. Ce qui était autrefois le berceau de la vie pour les peuples autochtones, les riverains et les pêcheurs de l’État brésilien du Pará ressemble aujourd’hui à un désert d’eau parsemé d’affleurements rocheux. Six mois après la COP30 de Belém, les projecteurs se sont éteints, mais l’«écocide planifié» continue de saigner à blanc le lit du fleuve, révélant le gouffre qui sépare les discours sur la préservation et la réalité de ceux qui vivent en marge de la plus grande plaie ouverte de l’Amazonie.

Pour Mgr João Muniz Alves, évêque du diocèse de Xingu-Altamira, parler du Xingu est une «joie singulière» qui se teinte aujourd’hui de deuil. Il décrit le fleuve comme un spectacle d’eaux émeraude qui sert de vivier et de voie de communication naturelle pour les peuples, non seulement comme un affluent, mais comme un organisme vivant. «Ce fleuve sert de vivier à de nombreuses espèces de poissons et de voie de communication naturelle pour divers peuples. Avec ses eaux couleur émeraude, c’est un spectacle de beauté», affirme l’évêque.

Dommages environnementaux et sociaux 

Dix ans après la mise en service de la centrale hydroélectrique de Belo Monte, le détournement de 80 % des eaux vers les turbines a transformé l’abondance en pénurie. Mgr João Muniz Alves rappelle la promesse non tenue: «Belo Monte avait promis que la Volta Grande ne serait pas touchée, mais nous savons qu’elle l’a été. Actuellement, la région s’assèche. Ce lieu magnifique, ce vivier, est désormais devenu un endroit qui a tout, sauf la vie qui faisait la tradition de cette région.» Cette situation alarmante est confirmée par le Monitoramento Territorial Independente da Volta Grande do Xingu (Mti-vgx) : l’alliance entre scientifiques et communautés documente un scénario de cauchemar biologique, avec des poissons atteints de malformations osseuses et des piracemas (migrations des poissons vers les sources) entières éteintes. Pour Mgr João Muniz Alves, le diagnostic est clair et douloureux. «La carte de visite de l’État du Pará est en train de mourir faute d’une politique de protection de la vie. C’est ce que nous appelons un écocide», dénonce-t-il.


Mais l’impact va bien au-delà de la biologie; il touche l’âme et la liberté des communautés. José Cleanton Ribeiro, membre de la Coordination collégiale du Conseil missionnaire indigène (Cimi) de la Région Nord 2, souligne que les dommages socio-environnementaux et culturels ne se sont pas arrêtés : ils se sont transformés en une forme de contrôle. «L’autonomie des peuples a été gravement compromise. Les communautés vivent dans une profonde dépendance vis-à-vis des filiales de Norte Energia, qui mènent des actions purement assistancialistes», révèle-t-il.

Violence contre les communautés

Pour des peuples comme les Arara, les Juruna et les Xikrin, l’assèchement du fleuve signifie la mort de leur identité. «Ils s’identifient comme les enfants de l’eau. Le fleuve est leur mère. Avec la sécheresse, ils perdent ce lien mystique», souligne le coordinateur du Cimi. Le Rio Bacajá, affluent vital, agonise aujourd’hui avec moins de 10 % de son débit d’origine, rendant impossibles les transports et la pêche qui constituent la base de la survie de ces peuples.

Cette «culture de la mort» est vécue dans sa chair par le pêcheur artisanal, dont l’identité est liée au rythme des crues et des étiages. Sueli Martins Miranda, coordinatrice du Conseil pastoral des pêcheurs (CPP) de la région Nord 2, qualifie la situation actuelle d’agression brutale. «Quand le fleuve se transforme en lit de galets, ce n’est pas seulement l’eau qui change de cours; la vie aussi change, affirme-t-elle. Il ne reste au pêcheur que l’incertitude, le silence des canoës à l’arrêt, les filets vides et la lutte pour continuer d’exister».


Pour Sueli, ce qui se passe à Volta Grande et à Pedral do Lourenção représente un acte de violence dirigé contre la survie des communautés. «Garder la tête haute face à la pénurie, c’est reconnaître la dignité et la sagesse traditionnelle, explique la coordinatrice. Le Cpp œuvre pour que l’espoir cesse d’être un discours et se transforme en un chemin de survie, en renforçant la santé émotionnelle et spirituelle des personnes face aux pertes ».

« Zones de sacrifice »

Si Belo Monte a laissé derrière elle un sillage d’inefficacité et de dépendance protégée, la menace que représente la société minière canadienne Belo Sun se profile comme un défi encore plus complexe. José Cleanton Ribeiro dénonce le fait que cette société minière a repris la stratégie de Norte Energia, à savoir l’appâtage des dirigeants autochtones pour forcer les communautés à soutenir le projet d’extraction d’or. «C'est là notre grand défi : sensibiliser et informer sur les impacts réels de ce projet, tout en soutenant le mouvement autochtone qui s'organise déjà pour défendre la région», affirme-t-il.

Cette problématique prend des contours encore plus dramatiques en ce qui concerne la société minière: le projet d’extraction d’or prévoit l’utilisation de cyanure à seulement 1,5 km du Xingu, ce qui représente une nouvelle manifestation de cette cupidité qui ignore l’alerte lancée par les évêques dans la Lettre de l’Amazonie remise à la COP30 : «Cessez d’investir dans la mort». Dom João demande la fin des «zones de sacrifice». Pour l’Église, la cupidité technocratique qui a détourné le fleuve pour produire de l’énergie cherche maintenant à rallier des voix pour l'empoisonner au cyanure, privant ainsi les générations futures du droit à ce territoire sacré.

La flamme de la résistance

Dans ce contexte de «culture de la mort», le rôle du diocèse du Xingu permet de maintenir vivante la flamme de la résistance. José Cleanton Ribeiro affirme catégoriquement que c’est le soutien de l’Église qui permet au Cimi de poursuivre son travail à Altamira. «Sans le soutien que nous apporte le diocèse, depuis les actions contre Belo Monte jusqu’à aujourd’hui, l’équipe n’existerait peut-être plus dans la région, reconnaît-il. Le diocèse a été ce solide point de repère, exigeant le respect des conditions et accompagnant les communautés».


La crise environnementale s’est déjà transformée en urgence humanitaire. À travers le Cimi et le Cpp, l’Église accompagne des familles qui vivent aujourd’hui l’impensable dans une région entourée de fleuves. «Nous demandons des mesures aux autorités, surtout pour les personnes qui y vivent et se trouvent dans le besoin. Aujourd’hui, il manque de l’eau potable, il manque de la nourriture, car elles tiraient leur subsistance du fleuve», déplore Mgr João Muniz Alves.

Lutte et évangélisation

L’évangélisation dans le Xingu se fait donc «chair» dans la lutte pour le territoire. C’est un acte de résistance contre ce que l’évêque qualifie de «culture de la mort semée dans la région». Selon le prélat, la mission de l’Église est claire : «Nous prions et nous sommes aux côtés des gens. Nous voulons apporter notre contribution par le biais de dénonciations et d’outils qui nous aident à mettre en place des politiques en faveur de la vie, de la vie des fleuves, des personnes et de notre région».

Responsable de la communication de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), Région Nord 2



Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici

01 juin 2026, 15:07