La ROACO s’interroge sur la formation des séminaristes en Orient, confrontés à la guerre
Alexandra Sirgant – Cité du Vatican
Lors de son discours adressé aux représentants de la ROACO, qui œuvrent du Moyen-Orient jusqu’à l’est de l’Europe, en passant par la Corne de l’Afrique, le Pape a proposé une réflexion sur le fléau de la précarité, «fille de la guerre», «qui étouffe les possibilités de développement» et «continuent de faire saigner les Églises orientales» . Léon XIV est également revenu sur le thème de leur 99e assemblée plénière, portant sur la formation des clercs et des moines dans des territoires dévastées par les conflits. Mgr Hugues de Woillemont, directeur général de l'Œuvre d'Orient, membre de la ROACO depuis le 1er septembre 2025, présent lors de cette assemblée nous livre ses impressions sur le discours du Saint-Père, et témoigne de l’ampleur des défis rencontrés par les Églises orientales.
Lors de son discours, le Pape a appelé à investir dans la formation des prêtres afin de préverser l’Orient chrétien. Comment entendez-vous cet appel?
C'est un appel très important. L'Œuvre d'Orient soutient déjà de nombreux séminaires dans les 23 pays où nous sommes: au Moyen-Orient mais aussi en Inde, en Égypte, en Éthiopie, en Ukraine, en Roumanie ou en Arménie. Nous sommes déjà pleinement engagés dans la formation. Il se trouve que c’était justement le thème de notre 99e assemblée plénière à Rome: comment former des séminaristes en temps de guerre? Comment les prêtres peuvent bien se former sur l’accompagnement des traumatismes? Sur les questions de réconciliation, de justice et de paix? Les pasteurs d’aujourd’hui et de demain se trouvent dans un certain nombre de pays en guerre, et il faut les former sur ces sujets-là.
Nous avons à ce propos vécu une expérience lors de notre séjour à Rome. Un soir, nous avons été accueillis par le collège pontifical de l’Église gréco-catholique ukrainienne et nous y avons été accueillis par une trentaine de séminaristes accompagné de leur supérieur de séminaire. Ce fut l’occasion pour nous de rencontrer ces jeunes qui expriment une certaine gravité en raison de la situation que vivent leur pays, leurs familles, les fidèles qu’ils vont accompagner demain, mais qui restent également décidés à porter l'espérance chrétienne.
Mercredi, lors de l’audience générale, le Pape a lancé un nouvel appel fort pour l’Ukraine. Outre les victimes, Léon XIV a déploré que les églises et lieux de culte soient touchés. En Ukraine, le patrimoine chrétien est dernièrement particulièrement pris pour cible ?
Oui, tout à fait, nous en sommes témoins. Les Nations unies font état de 150 édifices religieux touchés en Ukraine, mais on parle en réalité de plusieurs centaines. Attaquer un lieu de culte, qu’il soit chrétien, musulman ou juif, est toujours une atteinte grave au droit international. Ces lieux-là ne sont pas armés, ce sont des lieux vivants où les personnes viennent prier pour la paix.
Personnellement, j’étais très ému de voir ce drone russe endommager la cathédrale de la Dormition (dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 juin, ndlr) dans laquelle je m’étais rendu il y a seulement un mois pour prier avec des frères orthodoxes.
On parle de l'Ukraine, mais la situation est similaire dans le Haut-Karabagh, cette région arménienne dont la population a été chassé par l'Azerbaïdjan. Des dizaines d'édifices religieux sont aujourd'hui détruits, et des traces religieuses sont effacées. C'est une révision de l'Histoire qu’il faut dénoncer, car les chrétiens ont construit une partie de l’Histoire de ces pays.
Le Pape a souligné le fléau de la «précarité» qui fait saigner les Églises orientales et étouffe les possibilités de développement. Vous témoignez de cette précarité, dans les pays où vous œuvrez, qui poussent les chrétiens à partir?
Lors de son élection, le Pape a appelé à accueillir la paix du Ressuscité, «une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante». Je crois que ces quatre mots, Léon XIV les met en œuvre dans beaucoup de ses discours et dans son engagement. Nous l’avons remarqué lor de sa venue en Turquie et au Liban, mais aussi dans ses récentes prises de parole concernant l’Ukraine.
Ces guerres provoquent beaucoup de précarité et nous en sommes témoins à l'Œuvre d'Orient, notamment par le nombre important de déplacés. Au Liban, la guerre initiée le 2 mars dernier entre le Hezbollah et l’État d’Israël a fait 1,2 millions de déplacés, soit un quart de la population. Cela fragilise énormément les familles et l'économie du pays. En Syrie, la levée des sanctions n’est pas encore totale, et la croissance et la reconstruction peinent à arriver.
Les écoles sont un autre exemple très concret de cette précarité. Au Proche et au Moyen Orient, des nombreuses familles rencontrent désormais des difficultés à payer la scolarité, et des congrégations religieuses ont du mal à payer leurs professeurs. Cette précarité n’encourage pas à rester, et les besoins sont très importants.
Outre l’aide matérielle, le Pape a aussi souligné combien il était important de partager la vie de ces communautés par la prière, par les visites, par l'intérêt qu'on leur porte.
À la lumière des derniers développements au Liban, concerné par le dernier accord entre Washington et Téhéran, apercevez-vous des signes d’espérance sur le terrain?
Je vois toujours des signes d'espérance, à travers le témoignage même de ces chrétiens. Nous avons parfois le sentiment de vouloir les aider, les soutenir, ce qu’il faut faire car ils ont besoin de nous. Mais en même temps, à chaque rencontre que je fais, c'est eux qui font grandir dans ma foi et dans mon admiration pour eux. Ils nous donnent une leçon de courage, d'engagement, de fidélité, d'espérance….
Tout progrès géopolitique vers la paix est nécessaire. On est dans un monde où la diplomatie est très mise à mal. Il faut être prudent, mais tout signe qui permet de faire taire les armes et de construire durablement une sécurité et la possibilité pour des familles de rester vivre chez eux est une bonne chose accueillir.
Nous encourageons et nous nous réjouissons de tout progrès pour la paix, mais nous restons prudents et demandons à ce que les accords soient respectés jusqu’au bout.
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