2026.06.18 Le President sud africain Ramaphosa rencontre les  leaders religieux 2026.06.18 Le President sud africain Ramaphosa rencontre les leaders religieux 

Mgr Sipuka «L'étranger à notre porte n'est pas notre ennemi»

Lors d'une rencontre avec le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, des chefs religieux ont appelé à la fin des violences contre les migrants et ont exhorté le gouvernement à s'attaquer aux problèmes socio-économiques profonds qui affectent l'Afrique du Sud.

Vatican News

«Le problème n'est pas l'étranger. Le problème, c'est le problème de fond, celui qu'on préfère ignorer.» C'est en ces termes que Mgr Sithembele Sipuka, archevêque du Cap et président du Conseil sud-africain des Églises, SACC, s'est adressé au président Cyril Ramaphosa lors d'une rencontre spéciale avec des chefs religieux, le mercredi 17 juin 2026, aux Union Buildings. S'exprimant au nom des chefs religieux réunis à la présidence, l'archevêque Sipuka a condamné les violences contre les migrants et a exhorté le gouvernement à s'attaquer à ce qu'il a décrit comme les causes profondes du malaise social: le chômage, la dégradation des services publics, la corruption et la faiblesse des forces de l'ordre. «Même si demain tous les citoyens africains étrangers quittaient ce pays, nos problèmes persisteraient», a déclaré l'archevêque du Cap. Le président de la SACC a ajouté: «Le manque de services essentiels persistera. Le chômage restera élevé. L’insécurité et le trafic de drogue continueront de sévir. Car le problème n’est pas l’étranger, mais le problème de fond, qu’on préfère ignorer.» Cette réunion s’est tenue dans un contexte de tensions croissantes liées à l’immigration en Afrique du Sud et à la veille d’une mobilisation prévue le 30 juin par des groupes exigeant le départ du pays des étrangers en situation irrégulière. Ces dernières semaines, des manifestations ont eu lieu dans différentes régions d’Afrique du Sud. La plus récente s’est déroulée le mercredi 17 juin 2026, lorsque des habitants de Mashishing, dans la province de Mpumalanga, ont marché jusqu’aux ministères de l’Intérieur, du Travail et de l’Emploi, exigeant la vérification du statut d’immigration et des licences commerciales des commerçants étrangers. À Durban, les tensions se sont exacerbées au centre communautaire de Sherwood, où des citoyens malawites en attente de rapatriement sont hébergés suite à des manifestations et des épisodes de violence. Dans ce contexte, le président Ramaphosa a invité des chefs religieux à discuter des migrations et du processus de dialogue national, qualifiant les communautés religieuses de partenaires essentiels à la vie de la nation. «La communauté religieuse de notre pays a toujours été bien plus qu'un lieu de culte», a déclaré le président sud-africain. «Elle a apporté à notre peuple un soutien moral et spirituel.»

« Nous sommes venus comme pasteurs»

L'archevêque Sipuka, membre du Dicastère pour le dialogue interreligieux, a commencé son discours en remerciant le président d'avoir reçu la délégation et a indiqué que les chefs religieux souhaitaient dialoguer et coopérer. «Nous ne sommes pas venus donner de leçons, Monsieur le Président», a-t-il déclaré. «Nous sommes venus en tant que bergers profondément troublés par ce que nous avons vu dans ce pays et convaincus que lorsque l'Église et l'État cheminent de concert, il est possible de trouver une solution

Mgr Sipuka évoque le traitement réservé aux migrants

«Nous avons constaté avec une profonde inquiétude que des êtres humains – peu importe comment ils sont arrivés dans notre pays – sont persécutés, harcelés, violés, privés de leurs moyens de subsistance et menacés de mort s'ils ne quittent pas le pays.» Il a qualifié ces actes d'«inhumains», de «violation de l'ubuntu» et d'«atteinte à la dignité humaine». Parallèlement, Mgr Sipuka a reconnu la frustration de nombreux Sud-Africains confrontés au chômage, à la pauvreté et à l'insuffisance des services publics. «Beaucoup de ceux qui manifestent prient avec nous le dimanche», a-t-il déclaré. «Ce sont des personnes qui se sentent abandonnées, qui subissent l'effondrement des services essentiels, qui supportent le poids du chômage et qui ont le sentiment que le gouvernement tarde trop à les écouter.» Leurs inquiétudes concernant la porosité des frontières, le commerce illégal et les marchandises dangereuses, a-t-il ajouté, «ne sont pas imaginaires» et méritent d'être entendues. «Mais un grief légitime ne justifie pas une réponse violente

L'éléphant est dans la salle

Pour l'archevêque de Cap, les migrants sont fréquemment accusés de problèmes dont les causes sont ailleurs. Utilisant une expression en langue xhosa, il a dit au président: «ukufa kusembizeni», ce qui signifie «le problème est dans le pot lui-même». Il a pointé du doigt un système éducatif qui ne prépare pas suffisamment les jeunes au marché du travail, la corruption qui a affaibli les institutions publiques et l'exploitation de la main-d'œuvre migrante.  Blâmer l'étranger, c'est permettre aux véritables coupables d'échapper à tout contrôle», a-t-il affirmé.

Le rôle de l'État

De son côté, le président Ramaphosa a reconnu les préoccupations de la population concernant l'immigration clandestine, mais a déclaré que la migration n'est pas la cause des difficultés socio-économiques de l'Afrique du Sud. «Ces préoccupations sont légitimes. Il faut les entendre et y répondre», a-t-il déclaré. Le Président sud-africain a réaffirmé la stratégie gouvernementale en cinq piliers pour la gestion des migrations, annoncée lors de son allocution à la nation le 7 juin. Cette stratégie comprend le renforcement de l'application des lois sur l'immigration et le travail, l'amélioration de la gestion des frontières, la lutte contre la corruption au sein des systèmes migratoires, des réformes législatives et la coopération avec les partenaires régionaux par le biais de la Communauté de développement de l'Afrique australe, SADC et de l'Union africaine. «Nous pouvons protéger nos frontières tout en protégeant la dignité humaine», a déclaré le Président Ramaphosa. «Nous pouvons faire appliquer nos lois tout en respectant notre Constitution. Nous pouvons rendre nos communautés plus sûres tout en préservant les valeurs d'Ubuntu.» Cyril Ramaphosa a également souligné que l'application des lois sur l'immigration relève de la responsabilité de l'État. «La responsabilité de faire appliquer nos lois incombe à l'État», a-t-il déclaré. «Nul ne peut empêcher quiconque de présenter des documents ou une preuve de nationalité. Il n'y a pas de place pour le racisme, le sexisme, la xénophobie, l'afrophobie ou toute autre forme d'intolérance.» De son côté, Mgr Sipuka a appelé à une application rigoureuse de la loi. «Nous sommes préoccupés», a-t-il déclaré, «par les informations persistantes selon lesquelles les forces de l'ordre ont fermé les yeux sur une grande partie des événements. Le maintien de l'ordre est la responsabilité de l'État, et non des citoyens.» Il s'est également inquiété de ce qu'il a qualifié d'instrumentalisation politique de la crise migratoire. «Nous sommes tout aussi préoccupés par les signes indiquant que certains politiciens transforment cette crise humanitaire en une opportunité de gain politique, utilisant une rhétorique incendiaire et alimentant la panique, non pas pour servir les communautés, mais pour obtenir un avantage politique.»

«Les engagements sur le papier ne suffisent pas.»

Dans un message audio transmis au service de communication de la Conférence des évêques catholiques d'Afrique australe après la réunion, Mgr Sipuka a déclaré que les responsables religieux avaient appelé le gouvernement à agir contre les groupes qui «se sont fait justice eux-mêmes contre les ressortissants étranger». Tout en saluant la stratégie migratoire du gouvernement, il a souligné que sa mise en œuvre était essentielle. L'archevêque de Cap a conclu en appelant les chrétiens et toutes les personnes de bonne volonté à rejeter la haine et la violence et à soutenir les personnes touchées par les récents troubles. «L'étranger à notre porte n'est pas notre ennemi», a-t-il encore déclaré. Le problème n'est pas l'étranger. Le problème, c'est l'éléphant dans la pièce»

 

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici.

22 juin 2026, 16:05