60 ans du Chemin Néocatéchuménal: l'invitation à la mission de Léon XIV
Debora Donnini - Envoyée spéciale à Madrid
Avec gratitude pour la fidélité de Dieu, une foule joyeuse de plusieurs milliers de personnes s’est rassemblée le soir du 30 mai, dans la cathédrale de l’Almudena à Madrid pour célébrer le 60e anniversaire du Chemin Néocatéchuménal. Une profonde émotion et une grande gratitude se faisaient sentir parmi les personnes âgées assises aux premiers rangs, dont beaucoup ont été témoins des tout débuts de cette expérience ecclésiale lorsque Kiko Argüello et Carmen Hernández se sont rencontrés pour la première fois dans le bidonville de Palomeras Altas au milieu des années 1960.
De nombreuses familles avec enfants étaient également présentes. Bon nombre de ces enfants sont les fils, les filles et les petits-enfants de ceux-là mêmes qui ont été les témoins des débuts du Chemin Néocatéchuménal. Celui-ci ne s’est pas développé comme un projet planifié à l’avance, mais de manière progressive et organique. Aujourd’hui, il est présent dans 138 pays répartis sur les cinq continents, avec plus de 20 350 communautés, grâce au travail d’innombrables missionnaires, parmi lesquels des laïcs et des couples mariés. Parmi ceux qui ont concélébré la messe figurait le cardinal Antonio María Rouco, l'archevêque émérite de Madrid, plusieurs évêques et plus d’une centaine de prêtres.
Le Pape: «Embrassez la vocation missionnaire»
L’engagement missionnaire du Chemin a été souligné dans un message du Pape Léon XIV, signé par le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin et lu à la fin de la messe. «Il est important de se rappeler», indique le message, «que la mission évangélisatrice est une tâche fondamentale de toute l’Église. Avec joie et humilité, en recherchant l’unité de tous ses membres et docile à l’action de l’Esprit Saint, l’Église est appelée à apporter le don du salut à tous.» «Que cette conviction», a poursuivi le Pape, «inspire un engagement missionnaire renouvelé pour le bien des enfants bien-aimés de Dieu.»
Kiko Argüello: Le Chemin, un fruit du Concile Vatican II
L’histoire des débuts du Chemin Néocatéchuménal est remarquable. Lors de son discours d’introduction au début de la messe, Kiko Argüello, qui a fondé le Chemin avec Carmen Hernández, a rappelé qu’en novembre 1964, à l’âge de 25 ans seulement, il avait abandonné sa carrière de peintre et, inspiré par l’exemple de saint Charles de Foucauld, était allé vivre parmi les pauvres dans ce quartier de Madrid.
Alors qu’il priait, jouait de la guitare et lisait la Bible, des gitans et d’autres personnes vivant en marge de la société se sont peu à peu rassemblés autour de lui pour écouter la proclamation du kérygme.
En août 1965, lorsque la Garde civile arrive pour démolir les cabanes, Kiko réussit à téléphoner à l’archevêque de Madrid de l’époque, Mgr Casimiro Morcillo, qui vint immédiatement et stoppa la démolition. L’archevêque était profondément ému de voir cette petite communauté de pauvres réunis en prière.
Carmen, témoin de l’amour et de l’attention manifestés par l’archevêque Morcillo, acquit la conviction que la communauté qui s’était formée spontanément était véritablement une œuvre de Dieu et décida de se joindre à Kiko dans sa mission.
«Mgr Casimiro nous a invités à aller dans les paroisses, ce que nous n’avions même jamais envisagé», se souvient Kiko. «Grâce à cet acte d’obéissance, cette initiation chrétienne commença comme une petite graine. Elle est devenue une bénédiction dans la vie d’innombrables personnes et familles et est aujourd’hui présente dans 138 pays.»
Les premières catéchèses dans les paroisses de Madrid et d’ailleurs ont commencé en 1966.
«C’est pourquoi la présence du cardinal Cobo à cette célébration est si importante», a expliqué Kiko. «Au Chemin, nous ne faisons rien sans le Pape et les évêques. Si le Chemin s’est répandu de manière si extraordinaire, c’est grâce au soutien de tous les Papes» — à commencer par saint Paul VI — «qui l’ont reconnu comme un don de l’Esprit Saint pour le bien de l’Église.»
Initiation Chrétienne, Communauté et Communion
Le Chemin Néocatéchuménal est «une initiation chrétienne suscitée par l’Esprit Saint comme l’un des fruits du Concile Vatican II», a déclaré Kiko, rappelant les paroles que le Pape Léon XIV a adressées jeudi dernier à la 82e Assemblée générale de la Conférence épiscopale italienne.
Évoquant une «attention renouvelée à l’initiation chrétienne», le Pape a souligné qu’elle «ne peut être comprise simplement comme une préparation aux sacrements. Il s’agit plutôt du “sein” dans lequel une communauté donne naissance à la foi et introduit les personnes à la vie pascale, à la communion avec le Seigneur et à la fraternité ecclésiale».
Faisant référence à la solennité de la Très Sainte Trinité, Kiko a noté que la Sainte Famille de Nazareth est une image de ce mystère. En 1959, a-t-il dit, il a reçu une inspiration de la Vierge Marie «pour former des communautés chrétiennes à l’image de la Sainte Famille de Nazareth, vivant dans l’humilité, la simplicité et la louange. L’autre personne, c’est le Christ».
«C’est là l’immense mystère auquel le Seigneur nous appelle aujourd’hui», a expliqué Kiko, «aimer, vivre l’unité parfaite dans l’Esprit Saint, préserver la communion, car la seule chose qui puisse véritablement satisfaire l’âme humaine est l’union complète avec la Très Sainte Trinité.»
Un Dieu fidèle et miséricordieux
Au cours de la messe, dans leur introduction aux lectures, le père Mario Pezzi et Ascensión Romero, qui forment avec Kiko l’équipe internationale du Chemin Néocatéchuménal, ont souligné l’importance de la communion et de l’expérience de découvrir que la Parole s’incarne dans la vie des gens.
«Nous avons appris à connaître un Dieu fidèle et miséricordieux», a déclaré Mme Romero.
À la fin de la célébration, elle a remis au cardinal Cobo Cano une copie de l’icône de la Sainte Trinité réalisée par Kiko.
Le cardinal Cobo Cano: l’Église est communion
«L’Église de Madrid et son évêque souhaitent remercier le Chemin Néocatéchuménal pour ses soixante ans d’évangélisation dans tant de quartiers de cette ville», a déclaré le cardinal Cobo Cano dans son homélie. Il a encouragé les personnes présentes à poursuivre leur travail missionnaire en harmonie avec la vie diocésaine, la communion ecclésiale et le respect de la liberté de chacun.
En méditant sur le mystère de la Sainte Trinité, il a souligné que l’Église «n’est pas simplement une organisation ou un rassemblement de personnes», mais plutôt «une communion». «Il y a eu de nombreux signes de sainteté parmi vous», a-t-il ajouté, «et nous sommes heureux d’avoir ouvert dans notre diocèse la cause de canonisation de Carmen».
Une étape importante de ce processus aura lieu le mardi 2 juin, avec la cérémonie de clôture de la phase diocésaine de sa cause de béatification, présidée par le cardinal au séminaire Redemptoris Mater de Madrid.
Cardinal Farrell: De nombreux fruits de "l’arbre de l’Initiation Chrétienne"
Le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, a également adressé un message de salutations, rappelant que l’Espagne a offert à l’Église de nombreux exemples éclatants de renouveau spirituel à travers ses saints, ses martyrs et ses initiatives missionnaires.
«Parmi ces fruits», a-t-il souligné, «le Chemin néocatéchuménal mérite sans aucun doute une place. Il est né de la rencontre féconde entre ses deux fondateurs, Kiko Argüello et Carmen Hernández, et les pauvres des quartiers les plus humbles de Madrid.» De ces humbles débuts il y a soixante ans, a-t-il noté, sont issus de nombreux fruits : «le retour d’innombrables personnes à la foi et à l’Église, d’innombrables conversions, la naissance de familles chrétiennes, des vocations au sacerdoce et à la vie religieuse, ainsi qu’une activité missionnaire dans de nombreux pays à travers le monde.»
«On peut également dire», a poursuivi Mgr Farrell, «que de l’“arbre” de l’initiation Chrétienne — redécouvert et mis en pratique à travers l’ancienne tradition ecclésiale du catéchuménat — de nombreuses autres “branches” ont poussé et continuent de porter des fruits abondants pour l’Église: des catéchistes itinérants, des séminaires diocésains missionnaires, des familles missionnaires, de nouvelles paroisses établies en territoire de mission, l’œuvre d’évangélisation de la missio ad gentes, ainsi que des programmes de formation et d’accompagnement pour les adolescents et les jeunes à travers la lectio divina mensuelle et les pèlerinages annuels d’été.»
«Ce sont là des dons, a-t-il conclu, que vous êtes appelés à préserver et à faire grandir pour le bien de toute l’Église.»
Une célébration d’une histoire vivante
Cette célébration a été un moment de joie pour l’ensemble du Chemin néocatéchuménal, car c’est précisément l’expérience des bidonvilles de Madrid qui a été le berceau où ce cheminement de redécouverte du baptême a pris forme. Fondé sur les trois piliers que sont la Parole, la Liturgie et la Communauté, il se vit en petites communautés et est aujourd’hui présent dans plus de 6 250 paroisses réparties dans environ 1 400 diocèses à travers le monde.
La cathédrale elle-même témoigne du lien profond qui unit l’Église de Madrid à cette réalité ecclésiale. Les peintures et les vitraux de l’abside ont été réalisés par Kiko Argüello en 2004, tandis que l’une des chapelles latérales abrite l’icône originale de la Vierge Marie peinte par lui.
Cette cérémonie était plus qu’une célébration, mais la commémoration d'une histoire qui a porté beaucoup de fruits — une histoire qui a commencé dans l'un des coins les plus marginalisés de la capitale espagnole et qui s'est développée grâce à la volonté de Kiko et Carmen de suivre le chemin que le Seigneur avait tracé devant eux.
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici