Au Bangladesh, l’Église accompagne les Dalits sur le chemin de la dignité
Sœur Christine Masivo, CPS
Des millions de Dalits —ces «intouchables» dont la marginalisation au sein de la société bangladaise a persisté bien après l’abolition officielle des hiérarchies de castes qui en étaient à l’origine— vivent au Bangladesh. Dans le sud-ouest du pays, le diocèse de Khulna a construit son identité pastorale autour de l’une des réalités sociales les plus négligées de la nation. Pour l’Église locale, l’accompagnement de cette communauté n’est pas une activité secondaire; il est au cœur même de sa mission.
Une communauté façonnée par l’exclusion
Bien que le Bangladesh compte une population majoritairement musulmane, représentant 89% de ses habitants, son tissu social porte encore l’héritage du système de castes hindou, d’où est issue la pratique de l’«intouchabilité». L’agence de presse Fides estime qu’entre trois et cinq millions de Dalits vivent aujourd’hui dans le pays, dont beaucoup sont encore cantonnés à des métiers longtemps considérés comme «impurs», tels que le nettoyage urbain, l’entretien des égouts, la collecte des déchets et d’autres formes de travail manuel mal rémunéré.
La Constitution du pays interdit formellement la discrimination, mais la réalité quotidienne est tout autre: un accès limité à l’éducation, des difficultés à intégrer le marché du travail au sens large et des conditions de logement précaires restent des caractéristiques courantes de la vie des Dalits. La région de Khulna elle-même, un important centre urbain et industriel, abrite environ 500.000 Dalits, dont beaucoup vivent dans des bidonvilles périphériques et des quartiers informels, fruits de décennies de marginalisation économique et géographique.
Éducation, emploi et soutien au quotidien
Mgr James Romen Boiragi, évêque de Khulna, décrit une pastorale fondée autant sur l’accompagnement concret que sur la prise en charge spirituelle. Le diocèse, érigé en 1952 et faisant désormais partie de la province ecclésiastique de Dhaka, s’étend sur huit districts et mène son action à travers les paroisses, les écoles catholiques et les programmes de Caritas.
L’évêque explique que le travail du diocèse est axé sur le développement humain et sur l’aide apportée aux familles pour l’éducation de leurs enfants, tout en les aidant à trouver un emploi et à subvenir à leurs besoins quotidiens; des efforts dans lesquels Caritas joue un rôle fonadmental. Sur les quelque 37.000 catholiques du diocèse, la majorité est issue des communautés dalits, ce qui fait de cette action sociale un élément central, et non périphérique, de l’identité du diocèse. Pourtant, Mgr Boiragi prend soin de souligner que l’aide sociale, aussi vitale soit-elle, ne constitue pas l’essentiel: la catéchèse et la formation éducative restent au cœur de l’engagement de l’Église.
Il fait également remarquer que la discrimination fondée sur les castes ne se limite pas à un seul groupe religieux. Selon l’évêque, les Dalits de la communauté hindoue sont toujours touchés par ce problème, tandis que la discrimination fondée sur les castes persiste également parmi les musulmans et les hindous dans la société en général.
La foi, chemin vers la dignité
Pour de nombreux Dalits, l’adhésion au christianisme s’est imbriquée dans une quête plus large de respect social et de renouveau personnel. Mgr Boiragi note que la conversion change souvent la manière dont les Dalits sont traités, remplaçant la discrimination coutumière par un plus grand respect et, concrètement, ouvrant la voie à de meilleures conditions de vie. Le diocèse œuvre pour que cette évolution se traduise par une véritable inclusion, en s’appuyant sur des relations constructives avec d’autres communautés religieuses et en encourageant l’ensemble de la communauté catholique à accueillir les nouveaux membres comme des frères et des sœurs.
En replaçant cela dans une perspective spirituelle, l’évêque décrit la rencontre avec l’Évangile comme une redécouverte de la dignité: la reconnaissance de soi en tant qu’enfant de Dieu et la libération de l’oppression et de la marginalisation. Il ajoute que cette rencontre est également concrète, puisqu’elle ouvre souvent l’accès à l’éducation et à des opportunités d’épanouissement personnel.
À Khulna, l'évangélisation et le développement humain sont considérés comme les deux facettes d'une même mission. Pour un diocèse dont la population catholique est majoritairement composée de Dalits, cette mission repose sur une conviction claire: la proclamation de l'Évangile peut redonner de l'espérance aux plus vulnérables et contribuer à bâtir une société plus juste et plus inclusive.
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