Le cardinal Koovakad au Cambodge le 27 mai 2025 (photo d'illustration). Le cardinal Koovakad au Cambodge le 27 mai 2025 (photo d'illustration). 

Ouverture du premier colloque entre christianisme et confucianisme

Le cardinal Koovakad a ouvert ce mardi à Séoul le premier colloque officiel entre les deux traditions religieuses, organisé en collaboration avec l’Académie confucéenne coréenne Sungkyunkwan: la vision chrétienne du "Ciel nouveau et de la Terre nouvelle" et l’idéal confucéen du "Datong" (Grande Unité) «expriment l’une des aspirations les plus profondes» de l’humanité : «construire des sociétés pacifiques et solidaires» a-t-il rappelé.

Alessandro Di Bussolo – Cité du Vatican

La vision chrétienne du "Ciel nouveau et de la Terre nouvelle" et l'idéal confucéen du "Datong" (Grande Unité) «trouvent leur origine dans des contextes religieux, philosophiques et culturels différents. Pourtant, tous deux expriment l’une des aspirations les plus profondes de l’humanité: construire des sociétés pacifiques, inclusives et solidaires capables de bâtir un monde plus juste, plus harmonieux et plus riche de compassion». C’est avec ces mots que le cardinal George Jacob Koovakad, préfet du Dicastère pour le dialogue interreligieux, a ouvert ce mardi 4 août le premier colloque chrétien-confucéen. Une rencontre de deux jours organisée à l’Université catholique de Sogang, à Séoul, en Corée du Sud qui constitue le premier dialogue officiel entre ces deux traditions religieuses, et qui est organisée par le dicastère du Saint-Siège, en collaboration avec l’Académie confucéenne coréenne Sungkyunkwan, la Conférence épiscopale de Corée et l’Université de Sogang. 

Christianisme et confucianisme pour une société idéale

Sur le thème "Dialogue sur la contribution du christianisme et du confucianisme à une société idéale: Ciel nouveau, terre nouvelle et Datong (Grande Unité)", des chercheurs confucéens et catholiques, des représentants religieux et des acteurs du dialogue venus de divers pays échangent leurs points de vue. La rencontre, a rappelé le cardinal, s’est ouverte par la présentation du projet de lignes directrices pour le dialogue entre le christianisme et le confucianisme: «une étape académique importante et un pas significatif dans notre cheminement commun d’écoute et de compréhension mutuelle». À l’issue de ces deux journées, la version définitive du Guide sera publiée, a précisé le secrétaire du Dicastère, Mgr Indunil Janakaratne Kodithuwakku Kankanamalage.

Des religions qui inspirent une vie au service du bien commun

Dans son discours, le cardinal indien a réaffirmé que le christianisme et le confucianisme, deux des grandes traditions de civilisation du monde, «ont profondément façonné le développement moral, culturel et social des sociétés et continuent encore aujourd’hui à inspirer une vie de vertu et de service au bien commun». Mais le dialogue entre ces deux traditions «est resté jusqu’à présent limité», et peut se fonder «sur le respect mutuel et sur l’engagement commun en faveur de la fraternité et de l’épanouissement plein et entier de la personne humaine». Le cardinal Koovakad a précisé que tant l’idéal confucéen du Datong (Grande Harmonie ou Grande Unité) que la vision chrétienne des cieux nouveaux et de la terre nouvelle sont nés «au sein de communautés appelées à faire face à de profondes crises sociales, politiques et morales». Dans les deux cas, les traditions héritées «ont été réinterprétées de manière créative pour tracer un horizon d’espérance capable de guider les personnes à travers l’incertitude et le changement». 

Datong : la Grande Harmonie dans la tradition confucéenne

Confucius, a expliqué le préfet, «s'est tourné vers le patrimoine classique pour retrouver une image convaincante de la société idéale» que ses disciples ont continué à développer pendant la période tumultueuse des États combattants (de 475 à 221 av. J.-C. 7 royaumes se sont disputés le territoire du pays avant l'unification de la Chine par la dynastie Quin, ndlr). Dans le chapitre Li Yun ("L’évolution des rites") du Livre des Rites (Liji), cette vision s’exprime à travers l’image de l’époque «où la Grande Voie (Dao) prévalait sous le Ciel», donnant naissance au Datong, une société régie par des valeurs éthiques, la justice et le bien commun.

Le travail «était partagé sans égoïsme et les portes des maisons restaient ouvertes». Les gens «travaillaient avec dévouement, non pas pour leur propre intérêt, mais parce qu’ils estimaient juste de mettre leurs capacités au service des autres». En somme, on y décrit une «vision intégrée de la droiture, qui englobe la formation personnelle, les relations humaines et la bonne gouvernance». L’idéal du Datong propose donc «un horizon socio-moral et esthétique fondé sur la relationnalité, la responsabilité et le bien commun, reconnaissant l’humanité comme une communauté interconnectée, dont le bien-être dépend de la solidarité réciproque» a rappelé le cardinal. 

Un ciel nouveau et une terre nouvelle dans l’Apocalypse

Dans le Livre de l’Apocalypse, a-t-il ensuite poursuivi, Jean de Patmos, s’adressant à la fin du Ier siècle aux communautés chrétiennes d’Asie Mineure, propose «une nouvelle espérance à travers une lecture renouvelée des promesses prophétiques d’Israël à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ». Au point culminant de sa vision, «il annonce la venue d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, où Dieu habite parmi les hommes, essuie toute larme et renouvelle la création dans la justice, la paix et la communion». C’est «l’accomplissement définitif du dessein salvifique de Dieu». Jean veut rassurer ses lecteurs en leur affirmant que l’oppression, la violence et la mort: «n’auront pas le dernier mot. Dieu n’abandonnera pas la création, mais il la renouvellera. Son projet ne concerne pas seulement le salut des individus, mais la réconciliation de toutes choses et la transfiguration complète de la création dans la demeure éternelle de Dieu avec l’humanité rachetée».

“Tant l’espérance chrétienne d’un Ciel nouveau et d’une Terre nouvelle que l’engagement confucéen en faveur du Datong expriment une vision profondément optimiste, rejetant l’idée que la fragmentation, l’égoïsme et l’oppression soient inévitables”

Les points de convergence entre les deux visions

Il s'agit de deux perspectives qui, selon le préfet indien, bien que façonnées par des cultures différentes, «continuent d'inspirer» car elles allient «la fidélité à la tradition et l'ouverture à un avenir transformé». Et c’est là aussi la mission de ce colloque, qui vise «non seulement à préserver nos traditions respectives, mais aussi à les faire progresser ensemble grâce à l’apprentissage mutuel et à la rencontre». En analysant les points de convergence, le cardinal Koovakad a souligné qu’à une époque de rivalités, d’inégalités et d’injustices, «tant l’espérance chrétienne d’un Ciel nouveau et d’une Terre nouvelle que l’engagement confucéen en faveur du Datong expriment une vision profondément optimiste, rejetant l’idée que la fragmentation, l’égoïsme et l’oppression soient inévitables». Toutes deux, a-t-il encore souligné «imaginent un monde fondé sur la justice, l’harmonie et l’épanouissement plein et entier de la personne humaine». 

Des contributions distinctes

Mais selon le cardinal Koovakad, les fondements de cette transformation «diffèrent de manière significative». Pour le christianisme, «le renouveau de l’humanité et de la création trouve son fondement dans l’action rédemptrice de Dieu à travers le Christ». Par conséquent, «le comportement éthique ne constitue pas simplement une vertu sociale, mais est l’expression visible de la communion avec Dieu». Pour le confucianisme, au contraire, «l’harmonie ne naît pas de la rédemption divine, mais de la formation morale de la personne, de la direction de dirigeants vertueux, de l’éducation aux rites et de l’ordre éthique des relations humaines». C’est pourquoi, a poursuivi le préfet, la question suivante est importante: «Si la morale chrétienne est enracinée dans la participation à la vie du Dieu saint, quelle est la motivation la plus profonde de l’action éthique dans la tradition confucéenne ? La culture de soi ? Le bien de la société ? La fidélité au Ciel (Tian) ? Ou bien la reconnaissance d’un bien intrinsèque ?». Pour le cardinal, la valeur du dialogue réside précisément «dans la préservation de ces différences, tout en permettant à chaque tradition d’interroger, d’enrichir et d’élargir l’horizon de l’autre».

Pour une justice éthique vécue dans la chaleur de l’amitié

La vision chrétienne et l’idéal confucéen, a conclu le préfet du Dicastère pour le dialogue interreligieux, expriment «l’une des aspirations les plus profondes de l’humanité : que notre vie commune puisse s’accorder avec une Voie authentiquement bonne et belle; une justice éthique vécue dans la chaleur de l’amitié et de l’attention mutuelle; une paix qui reconnaisse et promeuve la dignité de la personne et de la communauté; une harmonie qui jaillit des différences, comme les notes d’une musique qui se fondent en une seule mélodie ou comme des personnes venues d’horizons divers qui se retrouvent unies au sein d’une seule communauté».

C’est pourquoi les religions ont la responsabilité de «mettre à disposition leur sagesse éthique et spirituelle pour édifier une société juste et authentiquement humaine, en favorisant le renouveau moral, l’harmonie sociale et le plein épanouissement de la famille humaine». L’Église catholique s’est approprié cette mission à travers le dialogue avec toutes les personnes de bonne volonté. Le Concile Vatican II, dans la Constitution Gaudium et Spes, a affirmé que «l’Église proclame sincèrement que tous les hommes, croyants et non-croyants, doivent collaborer à l’édification juste de ce monde dans lequel ils vivent ensemble; cela ne peut toutefois se réaliser sans un dialogue sincère et prudent». 

“Une étape décisive non seulement pour les relations entre chrétiens et confucéens, mais pour l’ensemble du cheminement du dialogue interreligieux”

Mgr Kankanamalage: une étape importante pour le dialogue interreligieux

Le cardinal Koovakad a formulé l’espoir que ce premier colloque chrétien-confucéen «puisse servir de modèle pour les futures rencontres» et qu’il soit bien plus qu’un simple échange académique, mais qu’il marque «le début d’une amitié durable et d’un cheminement permanent de dialogue». Un espoir partagé par le secrétaire du Dicastère pour le dialogue interreligieux, Mgr Kankanamalage, qui a souligné, dans son allocution de bienvenue, le caractère novateur de ce premier colloque. Il s’agit en effet d’«un nouveau chapitre dans les relations entre chrétiens et confucéens et d’un horizon plus large de dialogue, d’apprentissage mutuel et de collaboration au service de l’humanité», ainsi que d’«une étape décisive non seulement pour les relations entre chrétiens et confucéens, mais pour l’ensemble du cheminement du dialogue interreligieux».

Le guide du dialogue entre chrétiens et confucéens

Le secrétaire du Dicastère a cité la déclaration conciliaire Nostra Aetate: «L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions», soulignant que, dans le cadre de ce colloque, «nous nous réunissons aujourd’hui non pas pour effacer nos différences, mais pour approfondir notre connaissance mutuelle, apprendre les uns des autres et collaborer côte à côte pour le bien commun de l’humanité».

Convaincus que «les chrétiens et les confucéens sont confrontés à bon nombre des mêmes défis et sont appelés à y répondre ensemble», Mgr Kankanamalage a remercié le président de l’Académie confucéenne de Sungkyunkwan, Choi Jong-soo, d’avoir accepté cette première rencontre, ainsi que les autres partenaires de l’initiative. Il a par ailleurs annoncé qu’à l’issue de ce colloque, une version définitive du Guide du dialogue chrétien-confucéen sera publiée, grâce à l’engagement d’un groupe de chercheurs, coordonné par le sous-secrétaire du Dicastère, le père Paulin Batairwa Kubuya. Un guide destiné aux catholiques et à tous ceux qui s’intéressent au dialogue chrétien-confucéen.

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04 août 2026, 12:25