En Inde, les évêques indiens ont lancé un parcours d’étude, de réflexion et d’application de l’encyclique “Magnifica humanitas”. En Inde, les évêques indiens ont lancé un parcours d’étude, de réflexion et d’application de l’encyclique “Magnifica humanitas”.  (AFP or licensors)

Les Églises d’Asie s’organisent pour répondre aux défis de l’IA

À la lumière de l’encyclique “Magnifica humanitas” publiée le 15 mai, des Philippines au Bangladesh, plusieurs Églises d’Asie ont lancé des parcours de réflexion sur les implications de l’intelligence artificielle, afin que l’IA ne marginalise pas les plus pauvres et place le bien commun au centre.

Paolo Affatato – Cité du Vatican

«Les évêques indiens ont lancé un parcours d’étude, de réflexion et d’application de l’encyclique 'Magnifica humanitas'. Nous pensons que cela est crucial pour la mission de l’Église en Inde et dans toute l’Asie, notamment en ce qui concerne l’utilisation de l’intelligence artificielle». C’est ce qu’a déclaré à L’Osservatore Romano le père Stephen Alathara, porte-parole de la Conférence épiscopale catholique de l’Inde (CCBI), qui rassemble les évêques de rite latin du pays.

L’édition indienne de la première encyclique de Léon XIV, a déjà été traduite et publiée par la Conférence épiscopale, qui l’a présentée dès le mois de juin à la nonciature apostolique de New Delhi. Le père Alathara souligne que Magnifica humanitas, consacrée à la sauvegarde de la dignité humaine à l’ère de l’intelligence artificielle (IA), est devenue, en quelques mois, une «référence» pour l’Église en Inde et pour les communautés de tout le continent.

Magnifica humanitas dans les écoles catholiques

L’Inde compte en effet parmi les pays les plus réactifs d’Asie. Après la présentation officielle, la CCBI a organisé une réunion d’étude nationale en ligne pour les évêques, animée par Mgr Paul Desmond Tighe. Depuis, de nombreux diocèses ont mis en place des séminaires locaux, des formations pour les prêtres et les laïcs. Magnifica humanitas est même intégrée dans les programmes scolaires des écoles catholiques.

Une attention particulière est accordée à l’impact de l’intelligence artificielle sur les Dalits et les communautés les plus pauvres, avec le risque concret de «nouvelles formes de discrimination algorithmique», souligne le père Alathara. L’Église indienne, explique-t-il, «voit dans l’encyclique non seulement un document éthique, mais un instrument de justice sociale, ce qui lui confère une place centrale dans la vision et l’orientation de la mission de l’Église».

Réflexion sur l’IA aux Philippines

Parmi les autres communautés du vaste continent asiatique, l’Église des Philippines se présente comme une Église «jeune et numérique», où l’encyclique et la réflexion sur l’intelligence artificielle ont trouvé un terrain fertile. La Conférence épiscopale des Philippines a en effet lancé une «année spéciale de réflexion sur l’IA et la dignité humaine», proposant des séminaires nationaux destinés aux formateurs et aux catéchistes, notamment dans les grands diocèses tels que Manille, Cebu et Davao.

Les écoles catholiques sont en train de revoir leurs programmes d’éducation religieuse afin d’y intégrer des modules sur l’utilisation éthique des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Un accent particulier est mis sur les jeunes, fortement exposés aux plateformes numériques, et sur les travailleurs migrants philippins, souvent employés dans des secteurs faisant un usage intensif de l’IA.



Au Vietnam, des rencontres d’étude dans les paroisses

La communauté catholique est florissante au Vietnam: même si l’Église évolue dans un contexte politique délicat, l’accueil réservé à l’encyclique a été significatif. Magnifica humanitas a été rapidement traduite en vietnamien et circule parmi les évêques, les prêtres, les congrégations religieuses et les communautés.

Des rencontres d’étude sont déjà organisées dans les diocèses du nord et du centre du pays, tandis que les curés utilisent ce document pour former les fidèles sur des thèmes tels que la surveillance numérique, la liberté de conscience et la dignité de la personne. Des sujets très sensibles, dans un pays où l’IA est également utilisée à des fins de contrôle social.

Création de séminaires interreligieux

Plus à l’est, en Indonésie, le pays musulman le plus peuplé au monde, l’Église a choisi la voie de l’approfondissement dans le cadre du dialogue interreligieux. Plusieurs séminaires interreligieux ont porté sur l’IA, l’éthique et la coexistence pacifique, en collaboration avec des dirigeants musulmans modérés.

Dans les écoles catholiques, des modules de formation sur l’utilisation responsable de la technologie et de l’intelligence artificielle sont en cours d’introduction. «L’encyclique est perçue comme une invitation à faire de l’IA un outil au service de l’homme et non de domination, dans un archipel où les inégalités numériques sont encore marquées», explique le père Ignazio Ismartono, jésuite de Jakarta.

Tandis qu’en Corée du Sud, pays à la pointe de la technologie, les universités catholiques ont organisé des colloques universitaires de haut niveau afin d’étudier le regard de la société coréenne sur l’IA et son impact sur le travail, la famille et la société. Les évêques coréens voient dans l’encyclique de Léon XIV un outil précieux pour aider les fidèles à conserver un discernement chrétien dans un monde dominé par les algorithmes.



Une période de discernement missionnaire pour l’Asie

La situation est très différente au Bangladesh, où les diocèses de Khulna et de Dinajpur se concentrent sur le risque d’exclusion des plus vulnérables. L’Église locale a ainsi décidé d’intégrer l’encyclique dans les programmes de formation destinés aux catéchistes et aux responsables communautaires parmi les populations tribales et les Dalits. Comme l’explique l’évêque de Khulna, James Romen Boiragi, «Caritas Bangladesh et l’ONG “Dalit” utilisent ce document pour renforcer des projets éducatifs, en rappelant que l’IA doit avant tout servir les plus vulnérables et ne pas aggraver leur marginalisation».

En Asie, Magnifica humanitas représente «l’invitation à une nouvelle période de discernement missionnaire», observe enfin le père Alathara. Les Églises asiatiques, malgré leur diversité, répondent avec espoir aux défis pastoraux, sociaux et culturels posés par l’intelligence artificielle, «non pas en rejetant la technologie ou l’IA, mais en exigeant qu’elle reste au service de la personne et du bien commun», souligne-t-il. Sur un continent qui file à toute allure vers l’avenir numérique, l’Église asiatique a choisi de s’arrêter pour réfléchir. Et, en réfléchissant, elle montre déjà la voie.



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01 août 2026, 14:12