Kigali 2026: «L’Église d'Afrique doit prendre ses responsabilités»
Séverin Moussavou – Cité du Vatican
Pour l'abbé Sanou, le choix de Kigali n'avait rien d'un hasard: la ville incarne selon lui «le cœur de la renaissance du Rwanda». Il a raconté avoir visité, avec beaucoup d'émotion, le Mémorial du génocide, où reposent plus de 250 000 victimes des massacres de 1994. Devant ce lieu de mémoire, une question s'imposait à lui: comment expliquer une telle «barbarie» chez des êtres humains dotés de conscience et de foi? Mais ce même mémorial fait aussi de Kigali, a-t-il souligné, un symbole de résilience: la ville s'est relevée grâce au pardon, à la justice traditionnelle des Gacaca et à l'unité nationale. Un symbole de «reconstruction, de vérité et de réconciliation», a-t-il résumé, particulièrement adapté pour ce premier congrès mondial de SIGNIS sur le continent.
Repenser qui raconte l'histoire de l'Afrique
En choisissant Kigali, estime l'abbé Sanou, SIGNIS invitait le monde de la communication à interroger les récits sur l'Afrique, trop souvent façonnés de l'extérieur. Il a rappelé, en paraphrasant les propos tenus par le président français Emmanuel Macron à Ouagadougou en 2017, que l'histoire du continent ne pouvait plus être seulement écrite par des spécialistes étrangers, mais devait revenir aux Africains eux-mêmes. «L'heure est maintenant venue de prendre nos responsabilités», a-t-il insisté.
Une voix africaine appelée à se faire entendre
L'abbé Sanou s'est dit convaincu que la voix de l'Afrique se ferait entendre «de façon plus audible et plus crédible» au sein de l'Église universelle après ce congrès. Il a cité en exemple le Projet Pentecôte du Dicastère pour la Communication, qui accompagne les religieuses du monde entier pour qu'elles deviennent elles-mêmes productrices de leur propre récit. Selon lui, ce projet répond à une véritable «pauvreté de l'invisibilité», plus grave encore que la pauvreté matérielle, qui prive l'Afrique de la possibilité de raconter sa propre histoire.
Il s'est également réjoui de l'élection, une première dans l'histoire de SIGNIS, d'un Africain à la tête de l'association: le Père Walter, professeur d'université et doyen d'une faculté de communication, un «signe prophétique», selon lui.
«Comme un bébé dans un berceau»
L'abbé Sanou est longuement revenu sur une déclaration marquante de Mgr Fortunatus Nwachukwu, secrétaire du dicastère pour l'Évangélisation, qui avait affirmé, lors de la première session plénière, que l'Église d'Afrique ne devait plus être traitée «comme un bébé dans un berceau». Une formule qui, selon l'abbé Sanou, «met le doigt où cela fait le plus mal».
Cette déclaration lui a rappelé la dispute qui opposa, en 1965, le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène à l'ethnologue français Jean Rouch, ce dernier étant accusé de filmer les Africains «comme des insectes», sans jamais leur donner la parole. Soixante et un ans plus tard, a-t-il estimé, cet appel à la maturité doit résonner des deux côtés: que ceux qui continuent de regarder l'Afrique de haut reconnaissent son autonomie, et que les Églises africaines elles-mêmes sortent d'une forme d'assistanat. Il a repris à son compte la formule de Thomas Sankara: «Nous encourageons l'aide qui nous aide à nous passer de l'aide.» Pour lui, l'Église d'Afrique dispose désormais des ressources humaines, intellectuelles et spirituelles nécessaires à son autonomie, un continent qui, a-t-il rappelé, envoie même des prêtres et religieux «fidei donum» au service d'Églises sœurs en Europe.
Vers des projets concrets de coproduction
Sur le thème du congrès, «Communication numérique pour l'harmonie culturelle et le bien-être environnemental», l'abbé Sanou a salué la présentation, dès les premiers panels, de projets concrets menés avec le dicastère pour la Communication, la Fondation Conrad Hilton et la Société américaine de la Bible. Il a plaidé pour que les projets Pentecôte et Wisdom Calls aillent plus loin, en passant de l'autoproduction à la coproduction, en partenariat avec les commissions diocésaines de communication, afin d'outiller les religieuses dans la réalisation de leurs propres récits.
Il a cité l'exemple d'une série documentaire qu'il a lui-même réalisée sur les cent ans des Sœurs de l'Immaculée Conception de Ouagadougou, première congrégation religieuse autochtone du Burkina Faso, une expérience qui l'a confronté, selon ses mots, au «drame de la pauvreté de l'invisibilité». Il a également suggéré la création d'un prix spécial au FESPACO, le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou, en écho au Prix SIGNIS aujourd'hui suspendu.
Il a conclu en appelant à une communication fidèle à l'esprit du congrès, capable de sortir l'Église «de l'épidémie d'isolement numérique, des algorithmes, de la désinformation et des discours de haine», pour se tourner vers le Christ, modèle d'une communication au service de la dignité humaine et du soin de la création.
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici.