À Barcelone, l’histoire et le combat d'une détenue pour retrouver sa vie
Augustine Asta et Antonella Palermo - De retour de Barcelone
Lorsque Rosita arrive à Barcelone en 2018, elle rêve simplement de trouver un travail et se construire une nouvelle vie. La jeune Italienne aujourd’hui âgée d’une quarantaine d’années, obtient rapidement les documents nécessaires et décroche un emploi dans une pizzeria. Mais quelques semaines plus tard, une crise cardiaque bouleverse ses plans. Licenciée alors qu’elle ne parvient pas à se rétablir, elle se retrouve sans ressources. Peu à peu, sa vie bascule, de la lumière à l’obscurité. Sans domicile, elle se retrouve dans la rue, puis à la merci des trafiquants de drogue.
«Je vendais de la drogue et j’en consommais aussi. Cocaïne, héroïne, pilules, MDMA, speed… tout ce qui me tombait sous la main», affirme-t-elle avec une once de tristesse dans la voix. «Je n’ai aucune excuse», reconnaît-elle aujourd’hui. Entre 2019 et 2022, sa vie est rythmée par la consommation, la dépendance et l’errance. Elle dort parfois sur des cartons ou sous une tente. Jusqu’au jour où la police l’arrête.
La prison comme salut inattendu
Lorsqu’elle entre à la prison de «Brians 1», situé dans la commune de Sant Esteve Sesrovires, à quarante kilomètres de Barcelone, Rosita ne pèse plus que 39 kilos. «J’étais pratiquement morte. Mon corps était totalement détruit par la drogue», précise-t-elle. Contre toute attente, elle considère aujourd’hui son incarcération comme un tournant décisif dans sa vie. «Cela peut sembler paradoxal, mais la prison m’a sauvée. Pour moi, cela a été presque providentiel», lance la jeune dame.
Durant trois années, elle bénéficie d’un accompagnement qu’elle juge exemplaire. Malgré la barrière de la langue, elle raconte avoir trouvé écoute, patience et soutien auprès du personnel pénitentiaire. «Ils ont réussi à faire de moi une personne normale à nouveau», fait-elle savoir. Selon elle, les établissements catalans misent davantage sur la réinsertion et l’accompagnement humain des détenus: «Il faut que cela se sache. Les prisons de Catalogne favorisent réellement la réinsertion». «J’aimerais que le Pape Léon XIV visite une prison en Italie», déclare-t-elle.
«J’ai retrouvé la raison profonde de mon existence»
Si la prison lui a permis de sortir de la toxicomanie, son état de santé s’est fortement dégradé. Désormais, son cœur ne fonctionne plus qu’à 14% de ses capacités et elle attend une transplantation cardiaque. «Heureusement, j’ai un esprit fort. J’ai retrouvé la raison profonde de mon existence», fait remarquer la jeune italienne. Consciente de la gravité de sa maladie, elle refuse néanmoins de se définir par elle: «Je ne vois pas encore mon avenir, mais je veux une vie normale, comme tout le monde».
«Casa Betania», une nouvelle famille
Grâce à une mesure lui permettant de terminer sa peine hors de prison pour raisons de santé, Rosita rejoint «Casa Betania», un logement géré par la Caritas dans le Raval, l’un des quartiers les plus pauvres de Barcelone. Les premiers mois sont difficiles. «Je considérais cette maison comme une deuxième prison», souligne-telle. Mais peu à peu, son regard change. Aujourd’hui, elle parle de Casa Betania comme de son véritable foyer. Émue, elle explique ne plus se sentir seule malgré l’absence de sa famille biologique: «Je sais que les éducateurs et les personnes qui m’entourent sont ma famille. Il ne me manque rien».
Retrouver la foi après la colère
Longtemps éloignée de toute pratique religieuse, Rosita explique avoir renoué avec la foi après une période de profonde révolte. Une conversation avec un jeune musulman l’a poussée à s’interroger sur son rapport à Dieu. «Il m’a dit: si tu l’insultes, c’est que tu crois qu’il existe. Sinon, pourquoi l’insulter?», rapporte-t-elle. Cette réflexion marque le début d’un cheminement intérieur qui l’accompagne encore aujourd’hui. «Chaque fois que je prie, je me sens plus légère. Je remercie Dieu parce qu’avec un cœur à 14%, je devrais être morte et pourtant je suis encore là», ajoute-t-elle.
«L’argent facile n’apporte rien»
Rosita n’idéalise rien de son passé. Elle met en garde ceux qui pourraient être attirés par le trafic de drogue ou la vie de rue: «L’argent facile n’apporte rien. Rien du tout. Les erreurs sont possibles, mais elles ne doivent jamais devenir un mode de vie», fait-elle savoir. «On peut se tromper, mais cela doit être temporaire. Il faut toujours chercher à revenir en arrière avant qu’il ne soit trop tard», exhorte Rosita.
«Le Seigneur nous permet à tous de repartir sans cesse à zéro, car être humain et être chrétien ne consiste pas à ne pas se tromper, mais à grandir dans la capacité de se convertir, de se repentir, de se corriger et, surtout, de se réconcilier et de pardonner», avait notamment déclaré le Pape en visitant le centre pénitentiaire de «Brians 1», que connait très bien Rosita pour y avoir séjourné. Dans son discours, Léon XIV avait également rappelé aux détenus que «les erreurs de la vie ne déterminent pas l’identité d’une personne». Citant ensuite son encyclique, Magnifica humanitas, le Pape avait aussi rappelé que «tout être humain est “digne” du simple fait d’avoir été voulu, créé et aimé par Dieu».
Le rêve d’une vie ordinaire
En attendant une greffe qui pourrait lui offrir une nouvelle chance, la jeune Italienne rêve désormais des ambitions modestes mais essentielles. Trouver un emploi stable. Payer ses factures. Se sentir utile. Être aimée. Et surtout continuer à apprendre à s’aimer elle-même. Après des années passées à se perdre, cette ancienne détenue affirme avoir enfin retrouvé ce qu’elle cherchait sans le savoir: une place dans le monde.
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