Funérailles à Béni, lors de la précédente épidémie, en 2018. Funérailles à Béni, lors de la précédente épidémie, en 2018.  (AFP or licensors)

En RDC, Alima appelle les communautés à lutter contre Ebola

Un mois après le début de l'épidémie d'Ebola dans l'Est de la République démocratique du Congo, entretien avec le chef de mission d'Alima (The Alliance for International Medical Action). Barry Mamadou Kaba revient depuis Goma sur le climat de peur, mais aussi le déni des populations exposées. Il insiste sur les bonnes pratiques à mettre en place pour que les communautés et les personnels médicaux endiguent ensemble l’épidémie. Seule cette alliance se révèlera fructueuse, estime-t-il.

Marie Duhamel - Cité du Vatican

Le 18 mai dernier, la 17e épidémie d’Ebola était officialisée en République démocratique du Congo. En un mois, plus de 200 personnes ont été tuées par le virus Bundibugyo, contre lequel il n'existe ni vaccin ni traitement spécifique à l’est du pays, tandis qu'au moins 875 autres ont été contaminées. Des chiffres rapportés ce jeudi par l'Africa CDC, l'agence sanitaire de l'Union africaine, et qui sont probablement en deçà de la réalité. L’épidémie n’a pas encore atteint son pic, estimait mercredi la Croix-Rouge qui souhaiterait une réponse humanitaire plus importante.

Présente au Sud et Nord-Kivu mais aussi en Ituri, l’ONG Alima (The Alliance for International Medical Action) se mobilise au sein de trois centres de prises en charge dédiés, une cinquantaine de structures de santé et via 800 agents sur ces territoires. Entretien avec son chef de mission, Barry Mamadou Kaba, basé à Goma.

Comment la présence du virus Ebola est-elle vécue par les populations ?

Il y a un climat de psychose, mais on a l'impression que cela n'a pas trop changé le quotidien des habitants de l'est: les marchés continuent à être ouverts, les gens continuent à se rassembler. Il est vrai qu’il existe des points de lavage de mains ça et là, mais en dehors de la ville de Bunia aujourd'hui, il y a plusieurs zones rurales qui ne sont pas couvertes.

L’intervention sanitaire ne doit pas simplement se concentrer dans les zones hotspot. Il faut aussi aller dans des zones qui sont à risque pour que toutes les communautés soient activées afin de répondre à l’épidémie. Les professionnels de santé seuls, malgré tous les moyens à disposition, ne peuvent pas endiguer cette épidémie. Mais si l’on regarde le comportement des habitants, on ne sent pas qu'ils font face à une épidémie aussi dangereuse que celle d'Ebola.

Ce virus a été découvert il y a 50 ans. Il s’agit de la 17ᵉ épidémie d'Ebola. Est-ce que vous diriez que la population est, au moins en partie, informée et attentive aux règles sanitaires?

Une partie de la population est informée, mais d’autres en grand nombre n’y croient pas. C’est ce que nous montrent des attitudes observées sur le terrain. Dans les communautés, certains souhaitent récupérer les corps, sans être conscient de la dangerosité de la maladie.

Faites-vous face à d’autres comportements problématiques ?

Tout à fait. Les équipes communautaires en charge des suivis des cas contacts, de la récupération et du transfert des cas suspects sont toujours agressées au niveau communautaire. Il y a des endroits où parler de Ebola signifierait souhaiter que la maladie s’y implante. Or mieux on est informé, mieux on pourra se prémunir pour éviter la contamination.

Pouvez-vous nous rappeler les règles à suivre pour une prévention primaire?

Concernant les individus, il s’agit de toujours maintenir l'hygiène des mains, et d’essayer de garder une certaine distance avec des personnes suspectes. Aujourd'hui, nous avons des personnes qui ont de la fièvre et qui sont censées être des cas contacts Ebola, mais certaines des familles veulent que la personne reste à la maison.

Il faut aussi, concernant les communautés, qu’elles acceptent que des cas contact soient suivis de près afin que, si la fièvre apparait, ces personnes soient conduites dans un endroit sécurisé où elles seront suivies par un personnel qualifié.

Il faut aussi, au niveau communautaire, laisser les professionnels faire leur travail en toute sécurité, qu’il s’agisse des équipes de suivi des cas contacts ou des équipes de qui sont chargés des enterrements, dans des conditions dignes et sécurisées. 

Que dire à ceux qui nous lisent et qui sont réticents par exemple à voir leurs proches être traités ailleurs qu'à domicile. Pouvez-vous nous expliquer les conditions de prise en charge telles que vous les mettez en pratique?

Il faut avant tout reconnaitre qu’Ebola n'est pas une maladie comme les autres, c'est une maladie plus dangereuse que le paludisme. Donc, des endroits spécifiques sont nécessaires pour la prise en charge.

Nous disons également à la population que nous travaillons dans une grande transparence au sein des structures de santé. Contrairement à ce qui se pratiquait il y a des dizaines d'années, aujourd'hui, les accompagnants peuvent regarder leurs proches et communiquer avec eux à travers des baies vitrées.

Nous avons développé des structures de prise en charge spécifiques que nous appelons les chambres d'urgence "bio sécurisées", où l’on admet les cas manifestant des complications, mais en toute transparence. Il est possible de les surveiller à distance. Même en cas de décès, le protocole mis en place prévoit l’exposition du corps après sa préparation, pour que les parents voient qu’il ne s’agit pas d’une pratique cachée. On expose le corps, et ,si des personnes le souhaitent, elles peuvent prier à proximité. Le corps sera ensuite emballé dans des sacs mortuaires et conduit au cimetière par des professionnels qualifiés.

Voilà pour la pratique, mais il est également essentiel que les gens comprennent que lorsqu’on est dépisté très tôt et qu’on arrive immédiatement à l'hôpital, il y a des chances de survie. Dans la journée d’hier (mardi), nous avons libéré sept personnes qui sont aujourd’hui guéries.

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18 juin 2026, 17:15