Le Pape Léon XIV Le Pape Léon XIV  (ANSA)

Léon XIV: «La démocratie ne reste saine que lorsqu’elle est enracinée dans la loi morale»

«La doctrine sociale de l’Église catholique ne considère pas le pouvoir comme une fin en soi, mais comme un moyen ordonné au bien commun». Dans son message aux participants à la session plénière de l’Académie pontificale des sciences sociales qui se tient cette semaine à Rome, Léon XIV soutien que «la démocratie dépourvue de morale risque de devenir soit une tyrannie majoritaire, soit un masque dissimulant la domination des élites économiques et technologiques».

Françoise Niamien - Cité du Vatican

À l’occasion de la session plénière de l’Académie pontificale des sciences sociales qui se tient du 14 au 16 avril 2026, à Rome, le Pape se félicite du thème choisi: «Les usages du pouvoir: légitimité, démocratie et réécriture de l’ordre international».

Pour le Souverain pontife, «il s’agit d’un sujet particulièrement d’actualité, qui concentre notre réflexion sur l’exercice du pouvoir, élément essentiel pour construire la paix au sein des nations et entre elles en cette période de profonds changements mondiaux». Il estime que «la légitimité de l’autorité ne dépend pas de l’accumulation de puissance économique ou technologique», mais bien plus «de la sagesse et de la vertu avec lesquelles elle est exercée». (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1903).

Dans son message, Léon XIV souligne que «la sagesse nous permet de discerner et de rechercher le vrai et le bien, plutôt que les biens apparents et la vaine gloire, au milieu des circonstances de la vie quotidienne», et d'insister: «la sagesse est indissociable des vertus morales, qui renforcent notre désir de promouvoir le bien commun. En particulier, nous savons que la justice et la force sont indispensables pour prendre des décisions judicieuses et pour les mettre en pratique».

La démocratie pour le bien commun et la dignité humaine

«Loin d’être une simple procédure, la démocratie reconnaît la dignité de chaque personne et appelle chaque citoyen à participer de manière responsable à la poursuite du bien commun», lit-on encore dans le message du Saint-père. Et cette conviction, rappelle Léon XIV «le saint Pape Jean-Paul II l’avait exprimée lorsqu’il affirmait que l’Église apprécie la démocratie parce qu’elle garantit la participation aux choix politiques et la possibilité tant d’élire et de demander des comptes à ceux qui les gouvernent, que de les remplacer par des moyens pacifiques lorsque cela s’avère nécessaire». (Centesimus Annus, 46).

“La démocratie ne reste toutefois saine que lorsqu’elle est enracinée dans la loi morale et dans une vision authentique de la personne humaine. Dépourvue de ce fondement, elle risque de devenir soit une tyrannie majoritaire, soit un masque dissimulant la domination des élites économiques et technologiques.”

 

Source d'insipration pour l’ordre international

«Les mêmes principes qui régissent l'exercice du pouvoir au sein des nations doivent également inspirer l'ordre international; une vérité qu'il est particulièrement important de rappeler à une époque où les rivalités stratégiques et les alliances changeantes redessinent les relations mondiales», fait encore remarquer le Pape dans la suite de son message. «Nous devons garder à l'esprit qu'un ordre international juste et stable ne peut résulter d'un simple équilibre des pouvoirs ni d'une logique purement technocratique. La concentration du pouvoir technologique, économique et militaire entre quelques mains menace à la fois la participation démocratique des peuples et la concorde internationale», insiste-t-il. «Et lorsque les pouvoirs terrestres menacent la tranquillitas ordinis —la définition augustinienne classique de la paix— nous devons puiser notre espérance dans le Royaume de Dieu qui, bien qu’il ne soit pas de ce monde, éclaire les affaires de ce monde et en révèle la signification eschatologique», exhorte l’évêque de Rome. Ainsi, dans cette perspective de foi, le Saint-Père souligne que «la puissance divine ne domine pas, mais guérit et restaure»

“C’est précisément cette logique de la charité qui doit animer l’histoire, car l’activité humaine inspirée par la charité contribue à façonner la «cité terrestre» dans l’unité et la paix, en faisant d’elle — même si c’est de manière imparfaite — une anticipation et une préfiguration de la «Cité de Dieu» (cf. Benoît XVI, Caritas in Veritate, 7). Une telle foi renforce notre détermination à construire une culture de la réconciliation capable de surmonter les écueils de l’indifférence et de l’impuissance (cf. Discours en présence des chefs religieux, 28 octobre 2025).”

Dans cet esprit, le Pape espère sincèrement que les réflexions des participants à cette assemblée plénière de l’Académie pontificale des Sciences  sociales apporteront des éclairages précieux pour clarifier les usages légitimes du pouvoir, les critères d’une démocratie authentique et le type d’ordre international qui sert le bien commun. Ainsi, «votre travail contribuera de manière significative à l’édification d’une culture mondiale de réconciliation et de paix; une paix qui n’est pas simplement l’absence fragile de conflit, mais le fruit de la justice, née d’une autorité humblement mise au service de chaque être humain et de toute la famille humaine».

«Que le Saint-Esprit, source de toute charité et lien d’unité et de paix, éclaire vos esprits et soutienne vos efforts. J’invoque volontiers sur vous tous les abondantes bénédictions de Dieu» a conclu l’évêque de Rome.

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14 avril 2026, 15:56