Léon XIV quittant l'aéroport d'Annaba, mardi en fin d'après-midi. Léon XIV quittant l'aéroport d'Annaba, mardi en fin d'après-midi.   (@Vatican Media)

En Algérie, Léon XIV a semé des graines pour l'avenir

Ses deux jours passés dans le pays du Maghreb ont permis aux Algériens de faire connaître le successeur de Pierre au pays. Pour ce premier voyage de l’histoire d’un Pape en terre algérienne, Léon XIV a rejoint un peuple avide de le rencontrer, et aura fait passer des messages d’unité, de concorde et d’encouragement. Bilan de cette première étape historique du voyage apostolique.

Olivier Bonnel - Envoyé spécial en Algérie

Pendant 48 heures, l’Algérie aura découvert pour la première fois ce qu’est un chef de l’Église catholique, et qui est en particulier Léon XIV, un homme venu en pèlerin de paix dans ce pays à très grande majorité musulmane et dont il aura salué à plusieurs reprises la culture de l’accueil et de l’hospitalité. Dans ses mots, le Pape a tendu la main, invitant à approfondire la culture de la rencontre chère à François son prédécesseur. «Rencontrons-nous et essayons de nous comprendre, en reconnaissant que nous formons une seule famille!» lançait-il devant les autorités à Alger. 

« La paix soit avec vous », la devise de ce voyage, a fait écho à ses premiers mots au balcon de la basilique Saint-Pierre il y a bientôt un an. Sur cette terre d'islam, cette devise correspond au salut en arabe "Asalam aleikoum" et marque d'emblée respect et considération. Fils de Saint-Augustin, le Pape a été un motif de fierté pour ce peuple algérien, et de réconfort et d’encouragement pour la petite Église locale, une Église africaine dont le visage a profondément changé en quelques décennies. Cette étape algérienne aura été celle de la confirmation que l’Église catholique sur place fait œuvre de concorde et de justice pour les plus vulnérables et qu’elle est pleinement engagée dans le dialogue avec les musulmans. À Bab El Oued comme à Notre Dame d’Afrique, les chrétiens comme les musulmans ont pu montrer qu’ils cheminaient main dans la main, encouragés en ce sens par le Souverain pontife.

«Nous allons constuire quelque chose ensemble»

 À Annaba, sur les traces de son père spirituel saint Augustin, Léon XIV aura été invité à poursuivre son témoignage de l’Évangile et de continuer à répandre son parfum, celui qui apporte «joie et réconfort» à tant de frères et sœurs. Le Pape aura lancé à ces chrétiens algériens une exhortation à «renaître d’en haut» et de faire des épreuves du passé, comme celle des martyrs, des semences pour l’avenir. Pour l'Église algérienne, cette visite est une source dynamisante pour l'avenir. «C'est après le départ du Pape que l'on va sentir que l'on construit quelque chose ensemble, confie le père José Cantal, missionnaire d'Afrique qui vit à Adrar, à 1500 kilomètres d'Alger. On est tellement dispersés que l'on a du mal à se rencontrer» explique le religieux espagnol qui a fait 22 heures de bus pour venir à la capitale. «Cette visite va changer les choses, on sera soudés comme jamais» poursuit le père Cantal avec émotion.

Le Pape et le recteur de la grande mosquée d'Alger le 13 avril
Le Pape et le recteur de la grande mosquée d'Alger le 13 avril   (@Vatican Media)

Église au visage africain, les catholiques vivant en Algérie ont économisé leurs ressources et fait parfois fait des centaines de kilomètres pour vivre cette rencontre avec le Pape. Pour nombre d'entre eux, jeunes étudiants dans les universités algériennes, leur identité chrétienne est parfois vue avec suspiscion ou hostilité. «J'espère qu'après cette visite nous aurons plus de liberté pour nous exprimer et vivre en harmonie avec les musulmans, car souvent quand vous dîtes que vous êtes chrétien, on vous regarde en vous demandant "mais pourquoi n'êtes-vous pas musulman?" C'est très inconfortable» explique Daphine Apio, qui étudie dans la ville de M'Sila, dans le centre du pays. Cette Ougandaise est assise sur un banc de la basilique Saint Augustin d'Annaba aux côtés d'Alain Trésor, qui vient lui du Burundi et vit à Batna, la cinquième ville du pays, au sud d'Annaba. «Je pense qu'après cette visite, on aura une vie plus confortable, pour mieux s'entendre, explique cet étudiant en sciences de la terre, certains n'osent pas dire qu'ils sont chrétiens». «Ce voyage va porter beaucoup de fruits, pousuit le jeune Burundais, on a vu que le Pape était rentré à la grande mosquée du pays pour échanger avec l'imam, et je sais que les Algériens ont vu ce geste, qu'ils comprendront que nous avons le même objectif, que l'on prie un même Dieu»

«Le voyage commence maintenant»

La visite de Léon XIV à la grande mosquée est sans doute l'image qui a le plus frappé le cardinal Jean-Paul Vesco. «Voir le Pape et le recteur de la mosquée marcher côte-à-côte en silence est une image extrêment forte parce qu'elle ne va pas de soi du tout» pour l’archevêque d'Alger. «Le voyage commence maintenant, quand il part» s'enthousiasme avec confiance le cardinal dominicain. «Maintenant on va commencer à réaliser ce qu'il s'est passé, on vit dans un pays au temps long. Une visite d'un Pape est une bénédiction, il a semé».

Le Pape salué par le président Tebboune à son départ d'Algérie
Le Pape salué par le président Tebboune à son départ d'Algérie   (@Vatican Media)

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15 avril 2026, 09:37