Melissa Parke, directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires. Melissa Parke, directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires. 

«Les armes nucléaires et l’IA exigent une nouvelle façon de penser»

S’exprimant lors de l’Assemblée mondiale des lauréats du prix Nobel à Castel Gandolfo, Melissa Parke, directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, met en garde contre l'accroissement des risques liés aux armes nucléaires dû à l'intelligence artificielle, et appelle à un engagement renouvelé en faveur du dialogue, du désarmement et du droit international.

Francesca Merlo – Cité du Vatican

Alors que les conflits se multiplient et que la rhétorique nucléaire refait surface dans la politique internationale, Melissa Parke, directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, exhorte les dirigeants mondiaux à rejeter la dissuasion au profit du dialogue, de la diplomatie et du désarmement. Dans une interview accordée aux médias du Vatican en marge de l'Assemblée mondiale des lauréats du prix Nobel sur l'intelligence artificielle et la guerre nucléaire, qui se tient au Borgo Laudato Si' à Castel Gandolfo, Melissa Parke remet en cause le principe même de la dissuasion nucléaire, affirmant qu'une paix durable ne peut se construire sur la menace d'une destruction massive.

«Je pense que cela est inhérent au mot “dissuasion”», explique-t-elle. «Est-ce ainsi que nous voulons vivre? Voulons-nous vivre dans un monde façonné par la guerre? Ou voulons-nous vivre dans un monde fondé sur l’amour, la coopération et la bonne entente entre les uns et les autres? Car c’est là, je pense, le véritable fondement de l’humanité.» La directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires soutient que les conflits récents ont mis en évidence les limites de la dissuasion en tant que stratégie de sécurité. Évoquant les guerres en Ukraine et en Iran, elle affirme que les armes nucléaires «n’ont pas apporté la paix» et «n’ont pas empêché la guerre».

«Elles se sont révélées sans intérêt stratégique, extrêmement dangereuses et extrêmement coûteuses», déclare-t-elle. Pourtant, prévient-elle, elles continuent de «planer en arrière-plan et de constituer une menace existentielle pour l’humanité tant qu’elles existent».

Une menace nucléaire croissante

Selon Melissa Parke, le climat actuel de sécurité mondiale se caractérise par «un manque absolu de confiance», avec des conflits impliquant des États dotés d’armes nucléaires qui se déroulent parallèlement à l’effondrement des accords de contrôle des armements, à la résurgence des menaces nucléaires et à une nouvelle course aux armements nucléaires.

«Ce à quoi nous assistons, c’est ce risque extrêmement élevé de recours aux armes nucléaires», explique-t-elle, tout en avertissant que l’intégration de l’intelligence artificielle dans les systèmes militaires exacerbe ce danger. Plutôt que de poursuivre sur la voie de la militarisation, elle appelle à «une nouvelle façon de penser» fondée sur «le dialogue plutôt que la confrontation, la diplomatie plutôt que la militarisation, et le désarmement plutôt que la prolifération».

Placer l’humanité au centre

En réfléchissant aux conflits actuels, notamment aux guerres en Ukraine et en Iran, elle affirme que les civils sont de plus en plus les premières victimes de la violence, les attaques contre les infrastructures civiles et les moyens mêmes dont dépendent les populations pour survivre devenant de plus en plus courantes.

Elle met également en garde contre le fait que la guerre moderne recourt de plus en plus «au viol comme méthode de guerre». Parallèlement, elle souligne que les réseaux sociaux et les moyens de communication instantanés ont rendu les réalités des conflits plus visibles que jamais, permettant aux populations du monde entier d’être témoins du coût humain de la guerre au fur et à mesure qu’elle se déroule.


«La leçon à tirer de ce que nous observons est que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher cela», affirme-t-elle. Compte tenu de cette réalité, Melissa Parke décrit l’Assemblée mondiale des lauréats du prix Nobel à Castel Gandolfo comme une occasion de placer «l’humanité au centre» en réunissant des lauréats du prix Nobel, des scientifiques, des chefs religieux et des représentants de la société civile à la recherche d’alternatives à la confrontation. Elle fait valoir que ces discussions reflètent la nécessité d’un leadership éthique, parallèlement à l’expertise politique et scientifique, pour relever les défis actuels en matière de sécurité mondiale.

Une frontière morale

Pour elle, la campagne visant à abolir les armes nucléaires et à faire face aux risques posés par l’intelligence artificielle n’est pas simplement une question politique ou de sécurité, mais avant tout une question morale. Elle décrit le désarmement nucléaire et la gouvernance de l’IA comme «une frontière morale» comparable à l’abolition de l’esclavage et à l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, affirmant que l’humanité est confrontée à un choix décisif: le progrès technologique servira-t-il la vie ou la menacera-t-il?

«Continuer à consacrer nos meilleurs esprits et nos plus grandes ressources à l’art du massacre de masse et à la domination par l’IA», dit-elle, «revient à gaspiller le patrimoine et l’héritage spirituel de l’humanité.»

Une mesure concrète

Interrogée sur ce que les dirigeants pourraient faire au cours de l’année à venir pour rendre le monde plus sûr, la directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires met en avant une mesure pratique: adhérer au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Elle note que le Saint-Siège a été le premier État à adhérer à ce traité, qui compte désormais, selon elle, une centaine de signataires, et le décrit comme un exemple concret de coopération internationale en faveur d’un monde exempt d’armes nucléaires.

«Ce traité démontre que le dialogue, la coopération multilatérale et le droit international – fondés sur le respect des droits de l’homme et de la dignité humaine – offrent une alternative crédible à l’escalade militaire et à la dissuasion nucléaire». «C'est ainsi que nous irons de l'avant», déclare-t-elle. «Grâce au dialogue, à la coopération multilatérale, au droit international et au respect des droits de l'homme et de la dignité humaine.»

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16 juillet 2026, 08:41