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À Deir al-Balah, des enfants regardent des adultes fouiller des décombres, en février 2024, dans l'espoir de trouver des survivants. À Deir al-Balah, des enfants regardent des adultes fouiller des décombres, en février 2024, dans l'espoir de trouver des survivants.  (ANSA)

Aux côtés des enfants de Gaza, Pro Terra Sancta rêve de voir l’enclave se relever

Au milieu des décombres, des ordures, des épidémies et des privations de toutes sortes, les bénévoles de la branche opérationnelle de la Custodie de Terre Sainte continuent d'apporter à Gaza ville un soutien éducatif et psychologique ainsi que de l’aide humanitaire. Le porte-parole de l'organisation, Andrea Avveduto estime important d’agir face à l’indifférence, et «de rester pour reconstruire les personnes. L’éducation, un puissant antidote au terrorisme».

Cecilia Seppia – Cité du Vatican

Les enfants de Gaza ont faim, ils ont peur, ils sont mutilés. Ils ont perdu leur maison, leurs jouets, leur enfance. Les enfants de Gaza sont orphelins. Ils errent dans les rues d’une terre dévastée, envahie par les déchets et les eaux usées, ils vagabondent pieds nus sans but, entre les maladies et une puanteur qui, malheureusement, sent encore la mort. Pourtant, l’illusion d’une trêve entre le Hamas et Israël au niveau diplomatique, le déplacement du centre de gravité géopolitique vers le front iranien et le blocage des journalistes étrangers, associés à la décimation des reporters locaux, ont plongé dans le silence leur sort et celui de toute la population de la bande de Gaza, qui a soudainement disparu des radars des médias internationaux. Et puis il y a ce phénomène appelé la «fatigue de la compassion»: face à des crises prolongées et à des images récurrentes de destruction, de famine et de souffrance, les gens se lassent d’éprouver de la compassion et, blasés, ne cherchent plus l’actualité, ne lisent plus, ne veulent plus savoir, provoquant ainsi dans les médias généralistes et plus encore sur les réseaux sociaux une tendance à relancer des informations à fort impact émotionnel.



Des livres, des crayons, des couleurs pour offrir des sourires

Luttant contre l’indifférence et la «fatigue de la compassion», des organisations comme l’ONG Pro Terra Sancta se consacrent sans relâche aux autres, en particulier aux plus petits, ne serait-ce que pour les voir sourire. «C’est l’une des choses auxquelles je ne m’habituerai jamais», raconte Andrea Avveduto, porte-parole de l’ONG, bras opérationnel de la Custodie de Terre Sainte, qui s’occupe principalement d’aide humanitaire, de développement, d’instruction, d’éducation et de soutien psychologique aux enfants du Moyen-Orient et, depuis 2009, en particulier aux Palestiniens de Gaza. «Rien n’est comparable au sourire d’un enfant suscité par un livre, un crayon, des couleurs, un jeu fait ensemble, une chanson, une caresse, en plus de la nourriture et des médicaments, bien sûr. Ce sourire est le signe que ces personnes ne se sentent pas abandonnées. C’est ce qu’elles nous disent à chaque fois: “merci de ne pas nous laisser nous sentir seuls”. C’est un antidote au cynisme, à notre habitude de ne voir les guerres qu’à travers les chiffres des morts et les bilans qui s’actualisent. Mais chaque victime, chaque donnée, chaque statistique cache des personnes dotées d’une dignité, d’un désir, d’une aspiration au bonheur, à la vie, à l’avenir».

Écoles et camps d’été

Le tableau qu’Andrea Avveduto dépeint en tant que témoin oculaire est loin d’être réjouissant, mais improviser des écoles dans des tentes au milieu des décombres, dans les cuisines inutilisées de locaux à moitié détruits ainsi que dans les locaux de la paroisse de la Sainte-Famille de Gaza, est un défi, une mission à laquelle Pro Terra Sancta ne renonce pas. Et alors que les très rares écoles encore ouvertes en Palestine vont fermer pour l’été, leurs activités avec les enfants et les adolescents se poursuivront grâce aux camps d’été et à la possibilité d’allier l’instruction aux loisirs, peut-être avec quelques baignades à la mer, à condition que ce soit en toute sécurité, «car le risque d’être touché par un tir est très élevé». De plus, l’été, comme chaque saison dans les théâtres de guerre, a ses propres difficultés: la chaleur dans cette région du Moyen-Orient est étouffante, atteignant des températures bien supérieures à 40 degrés, avec des pics allant jusqu’à 50 degrés. L’électricité n’est pas fournie toute la journée, on ne peut pas allumer les climatiseurs ou les ventilateurs, les épidémies prolifèrent, comme, en ce moment, les gastro-entérocolites aiguës.

Traumatismes physiques et psychologiques


«Heureusement, nous parvenons encore à soutenir l’école située dans l’enceinte paroissiale en payant les salaires des enseignants, les frais administratifs et de gestion, ainsi que ceux de la cantine», explique Andrea Avveduto. Leur soutien est pérenne. Pro Terra Sancta est restée active à Gaza ville même sous les pires bombardements, transformant leurs locaux en refuge pour les personnes déplacées, en distribuant de la nourriture et des médicaments. «Notre aide ne concerne toutefois que quelques centaines d’enfants ; la plupart des jeunes Palestiniens ne vont pas à l’école, ils ne le peuvent pas, mais nous essayons toujours d’en accueillir quelques-uns de plus», précise le porte-parole de l’ONG. À côté de l’éducation, il y a également toute la question du rétablissement psychologique. «Nous parlons d’une génération qui a subi pendant deux ans une guerre meurtrière, vivant dans la terreur, avec des missiles qui passent au-dessus de la tête, et qui souffre aujourd’hui des conséquences du déplacement, de traumatismes psycho-physiques invalidants». Aussi l’ONG juge fondamental d’insister sur la question de l’éducation et de la réhabilitation de la personne, car «le terrorisme ici n’est pas seulement le fait d’organisations militaires, c’est une pensée, une idéologie insidieuse. Pour le combattre et l’éradiquer, nous devons investir dans l’éducation, car sinon, les terroristes risquent fort de recruter de nouveaux adeptes en allant les chercher précisément là où règnent la colère, l’ignorance, la misère et la frustration».

Le bien qui engendre d’autres biens

Selon les données officielles et les derniers rapports publiés par l'Unicef, depuis le début du conflit en octobre 2023, plus de 64 000 enfants ont été tués ou gravement blessés dans la bande de Gaza. L'impact de la guerre sur la population infantile a pris des proportions catastrophiques, dessinant un tableau dramatique qui touche la quasi-totalité des enfants de la région. De manière plus spécifique, on estime que 21 000 enfants sont morts, que 45 000 ont été blessés et mutilés. Il y aurait au moins 56 000 orphelins et 1 million d’enfants en situation d’extrême détresse (aide humanitaire, soutien psychologique, soins médicaux), soit pratiquement toute la population de Gaza, un véritable carnage. Face à ces chiffres, les 5 000 enfants et les 600 familles aidés par Pro Terra Sancta semblent une goutte d’eau dans l’océan, et pourtant «ils restent une graine d’espoir» dont nous voulons parler non seulement pour briser le silence assourdissant qui entoure Gaza, mais aussi pour faire circuler ce bien qui engendre d’autres biens.

Reconstruire les personnes


«L'enseignement, poursuit Andrea Avveduto, couvre l'histoire, la géographie et les mathématiques. Mais le fait d'être ensemble d'une certaine manière, de s'entraider, est aussi une leçon que nous essayons de transmettre chaque jour. Il est important de rester et d’être présents, même si nous ne sommes qu’une goutte d’eau dans l’océan !». Il estime en outre que s’il n’y avait pas l’aide des organisations humanitaires et de l’Église, la place serait laisser à la violence et à la haine, «la guerre aurait le dernier mot». L’ONG souhaite que Gaza puisse se relever et avoir un avenir. Leurs actions y participeront, espère-t-il, même si les inconnues restent nombreuses. «Il est certain, dit-il, que les conditions préalables à un accord de paix suivant la trêve ne se concrétisent ni sur le terrain - car les combats se poursuivent, même si c’est dans une moindre mesure qu’il y a quelques mois - ni sur le plan international avec le Conseil de paix, qui, pour l’instant, ne pense absolument pas à la reconstruction. C’est pourquoi il est si important de ‘reconstruire’ les personnes, de les rendre autonomes, de les rendre solides, de leur faire savoir qu’elles peuvent faire la différence».

La situation sur le terrain

Les habitants de Gaza ne vivent pas vraiment. Ils sont en perpétuel état de survie et de peur. Les raids israéliens se poursuivent, c'est pourquoi on dénombre plus de 900 morts depuis le début de la soi-disant «trêve». Le conflit a également décimé la communauté chrétienne, qui est passée de 1 017 personnes à 548 aujourd'hui. Les livraisons de nourriture sont certes plus nombreuses, et des produits laitiers arrivent également, ce qui permet un petit apport de denrées fraîches, et non plus seulement de conserves ou de produits à longue conservation. Le coût de la reconstruction de Gaza est trop élevé, 90 milliards de dollars, et, de fait, elle n’a pas lieu. Khan Younis et d’autres villes n’existent plus. À Gaza ville, il ne reste qu’une poignée d’immeubles et de bâtiments encore debout, et qui en Italie seraient déclarés inhabitables. La «ligne jaune» a été étendue à 64 %, de sorte que les militaires contrôlent une grande partie du territoire. Les épidémies se propagent, il n’y a pas de réponse sanitaire adéquate, les prix ont légèrement baissé mais restent élevés pour ceux qui ont tout perdu et n’ont pas de travail. Dans le récit passionné du porte-parole de Pro Terra Sancta résonne un cri contre l’indifférence et un appel à une paix véritable, qui n’est pas seulement l’absence d’armes, mais qui consiste à faire en sorte que les gens aient une vie digne et un espoir d’avenir.



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27 mai 2026, 17:28