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Barcelone offre une crosse au Pape en hommage à Gaudí

A l’occasion de la visite apostolique de Léon XIV à Barcelone, la ville s’apprête à lui offrir une crosse qui lui sera remise lors de la messe à la Sagrada Familia. Une œuvre qui évoque l'histoire et l'esprit de l'univers gaudinien, mais aussi la dévotion populaire de la Catalogne.

Silvina Pérez - Cité du Vatican

Barcelone offrira une crosse à Léon XIV, lors de sa visite apostolique le 10 juin. L’objet liturgique est sculpté dans un olivier millénaire de Catalogne, de l’ébène africain, du bois venus d’Asie, d’Amérique et d’Australie. En outre, elle est décorée de petites pierres ramassées sur la terre où Antoni Gaudí a passé son enfance, entre champs, vent et nature. Avant même de devenir un objet liturgique, la crosse semble déjà raconter une géographie humaine et spirituelle, une Catalogne profondément enracinée dans sa terre et, en même temps, une Église qui tente encore de parler toutes les langues du monde.

Le sculpteur et joaillier Joan Serramià au travail
Le sculpteur et joaillier Joan Serramià au travail

Humilité du don

Le sculpteur et joaillier catalan Joan Serramià a travaillé pendant des semaines dans son atelier avec l'urgence de celui qui sait que certaines occasions ne relèvent pas seulement du calendrier. «Je ne voulais pas que ce soit un objet décoratif», raconte-t-il. «Gaudí n’a jamais utilisé la beauté comme un ornement vide de sens».

L’idée est née au début de l’année, en dehors des circuits officiels. Un coup de fil. Quelques amis liés au milieu gaudinien de Reus (commune de la province de Tarragone). Puis le bouche-à-oreille, les petits dons, les aides discrètes. «Certains entrepreneurs voulaient tout financer», indique Joan Serramià. «Mais nous avons préféré demander de petites contributions. Je ne gagne rien avec ce travail. Je le fais pour le plaisir de le faire». C’est aussi pour cela que la crosse porte en elle quelque chose de la dévotion populaire catalane, cette foi concrète qui passe davantage par les mains que par les proclamations.

Le projet et l'idée

Au départ, le sculpteur avait pensé s'inspirer de la tour Saint-Barnabé de la Sagrada Familia. Puis, alors qu'il dessinait le projet le jour de la Saint-Girard, il a eu une sorte d'intuition soudaine. «J'ai compris que le Pape viendrait pour la tour de Jésus-Christ, se remémore-t-il. Et là, tout a pris sens». C’est de là qu’est née la grande croix gaudinienne qui domine la partie supérieure de la crosse: essentielle, verticale, presque suspendue vers le haut.

Mais l’histoire de la crosse s’entremêle continuellement avec celle de Gaudí lui-même. Joan Serramià travaille depuis longtemps aussi sur une sculpture monumentale dédiée à l’architecte à Reus. Pour la réaliser, il fallait une pierre énorme pour la base. Ils l’ont demandée à la Sagrada Familia. Au début, personne ne répondait. Puis l’archevêque de Tarragone est intervenu et quelque chose a changé. «On nous a dit que nous pouvions choisir la pierre que nous voulions», se souvient-il en souriant. Finalement, une pierre de quatorze tonnes est arrivée.

En mémoire de Gaudí

Dans la future sculpture, Gaudí apparaîtra en train de travailler sur une maquette jamais réalisée de la Vierge de la Miséricorde de Reus, un projet qui lui a été refusé il y a plus d’un siècle. «J’ai voulu lui rendre symboliquement ce qu’on ne l’a pas laissé faire», explique-t-il. Il parle de l’architecte comme d’un homme consumé par son œuvre plutôt que célébré par elle. «Il a tout vendu pour la Sagrada Familia», raconte-t-il. «Les génies travaillent pour les autres, pas pour eux-mêmes.»

Les dernières retouches à la crosse
Les dernières retouches à la crosse

Les dernières retouches à la crosse

Ouverture sur l’avenir

Et c’est peut-être aussi pour cela que l’espoir d’une éventuelle visite de Léon XIV sur la tombe de Gaudí, à l’occasion du centenaire de la mort de l’architecte, est si fort. Aux yeux du sculpteur, un tel moment revêtirait une valeur qui dépasse la simple actualité ecclésiale. «L’Europe est en train d’oublier sa propre destinée», dit-il en baissant la voix, avant d’ajouter: «Le catholicisme a été le grand manteau protecteur de l’art. Et l’art a protégé l’Europe».

Dans l’atelier de Joan Serramià, entre l’argent, le bois et la pierre, cette idée prend lentement forme. Non pas comme une nostalgie du passé, mais comme une question encore ouverte sur l’avenir.

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01 juin 2026, 12:47