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2025.12.18 abbé Justin Nkunzi président de la Commission Justice et Paix de l'archidiocèse de Bukavu 2025.12.18 abbé Justin Nkunzi président de la Commission Justice et Paix de l'archidiocèse de Bukavu 

RDC: Magnifica humanitas un langage synodal dans une zone en conflit

La première Encyclique du Pape Léon XIV, signée le 15 et publiée le 26 mai intitulée Magnifica humanitas, lie la recherche du langage comme instrument de paix à la marche synodale de l’Eglise. Dans un entretien accordé à Radio Vatican, l’Abbé Justin Nkunzi, président de la Commission Justice et Paix de l’archidiocèse de Bukavu dans l’Est de la République meurtri par les conflits, nous explique comment ce langage peut devenir un instrument de paix dans cette région

Marie José Muando Buabualo – Cité du Vatican

«Pour que le langage devienne un véritable instrument de paix, Magnifica humanitas souligne que la démarche doit intégrer les piliers de la synodalité en écoutant, en particulier les victimes des conflits ou de l’exclusion technologique». L’Abbé Justin Nkunzi, en s'inspirant de cette première encyclique du Pape Léon XIV, souligne combien, dans le contexte social de l’archidiocèse de Bukavu, la technologie «peut soigner, éduquer, protéger la maison commune, mais elle peut aussi diviser et engendrer de nouvelles injustices.»

L'intelligence artificielle prend le visage de ceux qui la conçoivent et la finance la régule et l'utilise

Pour l’abbé Nkunzi, le point éthiquement discutable de l'intelligence artificielle est de savoir si elle favorise ou pas la paix. Pour le Pape, poursuit-il, «la révolution de l'intelligence artificielle attaque la personne humaine à travers la manipulation de son intelligence, de sa conscience et de son langage.» Et, comment, dans un contexte de conflit, la parole peut-elle devenir le remède pour construire une paix durable dans une communauté meurtrie? Le Président de la Commission Justice et Paix de l’archidiocèse de Bukavu évoque l’affirmation du Saint-Père sur «la magnifique humanité créée par Dieu qui se trouve face à un choix décisif pour ériger ou pas une nouvelle tour de Babel.» Pour éviter le syndrome de cette tour dont «l'uniformité gomme les différences, l'intelligence artificielle peut aider à faire triompher la paix dans notre milieu», par le fait que l'Intelligence est un couteau à double tranchant qu'il faut bien utiliser si on veut vraiment qu'elle contribue à la paix. «D'ailleurs, probablement que mes compatriotes paysans avec qui je vis ici chaque jour s'attendent à ce que l'intelligence artificielle améliore leurs conditions de vie, l'accès aux services de base, à la paix et que cette intelligence artificielle ne puisse pas favoriser une technologie qui fabrique des bombes et des drones, qui nous arrosent chaque jour ici et qui créent des inégalités que nous déplorons, nous tous.»

«Dans les zones de conflit, la désinformation est une arme de guerre et de destruction massive».

L’Encyclique du Pape Léon XIV indique que la révolution de l'intelligence artificielle attaque la personne humaine à travers la manipulation de son intelligence, de sa conscience et de son langage; à la question de savoir comment la parole peut-elle devenir le remède pour construire une paix durable dans cette communauté meurtrie, l’Abbé Nkunzi évoque d’abord l’anonymat dans lequel se retrouve les personnes cibles: «les victimes n'ont pas de visage, elles n'ont pas d'identité, elles n'ont pas de fautes, elles n'ont pas d'histoire parce que les frappes n'épargnent personne et on se contente parfois des excuses pour déplorer les dégâts collatéraux.» Et de poursuivre: c'est là le point éthiquement discutable de l'intelligence artificielle; celui de savoir si elle favorise ou pas la paix. Dans les zones de conflit, fait-il remarquer, la désinformation est une arme de guerre et de destruction massive: «des fausses rumeurs sur l'identité et les mobiles des agresseurs; des vidéos qui peuvent être manipulées; des discours de haine habillés en informations; des promesses angéliques basées sur les manipulations identitaires, tout cela peut alimenter le cycle de violence si réellement il n'y a pas une recherche de la vérité et une logique de ne pas la trahir.» Au nom de leurs intérêts, des hommes adultes, sans honte ni trouble au visage, mentent devant la barbe de toute l'humanité et imposent leur lecture des faits.

La protection de la vérité passe par des actions pédagogiques

Pour sortir d’un climat de mensonge et de manipulation, l’Abbé Nkunzi indique trois chemins à suivre: le premier est basé sur la vérification des faits, la détection des images retouchées, l'origine des vidéos pour trianguler les bonnes informations. Le deuxième choix est de faire le monitoring des réseaux sociaux, suivre en temps réel et analyser tous les narratifs répandus dans les réseaux sociaux pour éviter l'intox. Le troisième consiste à créer des modules de formation pour les populations, «parce que nous sommes la proie facile d'intelligence artificielle, par manque d'éducation appropriée dans ces domaines, par manque de suivi et du courage d'aller à contrecourant contre leurs dérives.» Tout ce que nous devons faire pour ne pas trahir la vérité passe par des actions pédagogiques; par la formation et la mise à jour de nos connaissances dans le domaine. «Sans minimiser la portée des informations transmises par la technologie actuelle, nous devons avoir une lecture des faits faite par nous-même.»

Pour servir la paix, choisir de manière collective la voie à suivre

Avant de nous imposer un narratif qui contribue à établir une paix solide, le Pape a souligné que l'algorithme de la paix ne peut être imposé de l'extérieur. Il doit être coconstruit avec les communautés, les femmes, les hommes, les jeunes, les enfants, les cadres de base, les leaders coutumiers, les leaders religieux; toutes les plateformes interreligieuses, fait remarquer l'Abbé Nkunzi. Nous devons tous mettre la main à la pâte. C'est ce que le Pape nous conseille indique l’abbé Nkunzi qui évoque le Président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Mgr Fulgence sur le fait que l'intelligence artificielle doit être utilisée comme un outil qui vient pour nous faciliter la tâche et non comme un substitut à l'intelligence humaine. Elle doit être utilisée de manière responsable pour servir l'homme et non pour le détruire. «L’Intelligence artificielle n'a pas de cœur et n'a pas d'émotions ni d'empathie. Et comment alors peut-on se passer de l'homme, de ses émotions, de son regard, de son histoire, de ses plaies qui saignent encore en privilégiant seulement les algorithmes?» se demande-t-il. Et la réponse vient de la dimension intérieure de chaque communauté, de rendre ses membres des protagonistes pour servir la paix et changer la donne: «Au lieu d'être protagoniste de notre destinée. Nous subissons et depuis des années, nous sommes sous le régime des urgences à tous les niveaux. Avec les catastrophes et les épidémies qui s'abattent sur nous sans pitié. Voilà notre malheur collectif.»

Bâtir une Eglise samaritaine en chemin vers la synodalité

Comme dit encore une fois le Pape Léon XIV dans son Encyclique, «nous risquons de laisser la succession des urgences décider à notre place de la direction à prendre.»  Le fait que le Saint-Père «nous invite à bâtir, avec des outils de notre époque, cette cité où Dieu et l'humanité habitent ensemble» est une exhortation à créer une humanité merveilleuse, un paradis pour tous les enfants de Dieu. «Nos choix, à tous les niveaux, ne devraient pas être anéantis ni sacrifiés, mais nous rendre cocréateur, co-responsable des uns et des autres.» Dans ce cas d'espèce, poursuit le Président de la Commission Justice et Paix de l’archidiocèse de Bukavu, la démarche à suivre est de cheminer ensemble vers la réconciliation et la paix. «Notre action ultime sera celle de faire de notre Eglise, ici au Congo, chaque jour, une Eglise samaritaine, une Eglise qui ne laisse personne sur le chemin, une Eglise qui écoute, une Eglise qui s'arrête, une Eglise qui touche les malheurs, une Eglise qui écoute un cœur, une Eglise qui voit une plaie qui saigne.», martèle l’abbé Nkunzi. Une condition qui permet de rechercher la paix avec l'intelligence artificielle, si seulement elle vient au secours de cette démarche, de cette Église samaritaine, et qui ne permet pas d’aller vers un monde globalisé où «les plus forts ont toujours raison et les plus faibles ont toujours tort.» Pour conclure, il souligne que les instruments à utiliser pour cette marche synodale d’une Eglise samaritaine est d’abord l’écoute de l'autre «en nous disant que notre diversité n'est pas une menace, mais une chance; nos frontières ne sont pas des barrières, mais des carrefours de rencontres; nos différentes religions, nos différentes cultures sont des foyers où nous pouvons en fait tous nous réunir comme au clair de lune pour chanter la seule vraie paix qui vient de Dieu seul». Pour mettre un terme à cette guerre venant des forces extérieures, l’abbé Nkunzi préconise de travailler sur l'accueil et l'acceptation de l'autre: «Ces guerres fabriquées pour nous sans nous, ne profitent finalement à personne, surtout pas aux petites personnes. Nous devons donc, nous tous, comme Africains et habitants de cette sous-région des Grands Lacs, comprendre que nous avons plus besoin de nous mettre ensemble parce que nous avons le même soleil, nous avons la même pluie, nous avons les mêmes climats et nous avons les mêmes défis. Nous avons l'obligation de nous mettre ensemble et vivre pacifiquement dans cette sous-région que le ciel nous a gracieusement donnée, dans l'acceptation et l'accueil de l'autre, sans distinction de qui vient d'où, qui va où et qui fait quoi. Et éviter vraiment toutes les manipulations identitaires qui ne servent que ceux qui fabriquent ces armes qui nous tuent chaque jour.»

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18 juin 2026, 18:54