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14 juillet 2026, Rijeka – Rencontres théologiques de la Méditerranée 2026_6 14 juillet 2026, Rijeka – Rencontres théologiques de la Méditerranée 2026_6 

Rencontres théologiques en Croatie: désarmer les mots pour faire la paix

Les archevêques de Rijeka-Fiume (Croatie) et celui de Chicago (EUA), ont inauguré le 13 juillet les travaux de la cinquième édition des Rencontres théologiques. Un rendez-vous œcuménique et interreligieux ouvert aux étudiants et enseignants catholiques, orthodoxes, protestants et musulmans. Le thème cette année est: «Prophétiser la paix au milieu du bruit de la guerre: la construction de la paix à l’ère du militarisme».

Alessandro Di Bussolo – Cité du Vatican

Pour construire une «culture de la paix», il est nécessaire de «désarmer les mots» afin d’endiguer l’invasion des discours de haine dans la communication publique et sur le «champ de bataille numérique». Les jeunes doivent veiller à ce que leur génération rejette l’idée de la guerre comme moyen normal de résoudre les conflits. Ceci afin que le monde puisse sortir de son «amnésie quant au prix de la guerre».

C’est en ces termes que se sont exprimés, dans leurs discours de bienvenue, l’archevêque de Rijeka-Fiume (Croatie), Mate Uzinić, et le cardinal Blase Joseph Cupich, archevêque de Chicago (États-Unis d’Amérique). Ils se sont réunis lundi 13 juillet à la Maison pastorale Domus Laurana de Lovran, en Croatie, pour les travaux des Rencontres théologiques de la Méditerranée (MTM). La cinquième édition de ces rencontres est consacrée au thème «Prophétiser la paix au milieu du bruit de la guerre: la construction de la paix à l’ère du militarisme».

Les cardinaux ont transmis le même message, en reprenant le magistère du pape Léon XIV: aujourd’hui, la paix est plus que jamais difficile à construire et les croyants ont la responsabilité d’en être des témoins authentiques.

Le message de bienvenue du cardinal Blase J. Cupich, archevêque de Chicago
Le message de bienvenue du cardinal Blase J. Cupich, archevêque de Chicago

Les intervenants des Rencontres théologiques de la Méditerranée

Cette rencontre interreligieuse rassemble une quarantaine d’étudiants en théologie, d’enseignants et de représentants de l’Église catholique, des Églises orthodoxes et des institutions universitaires islamiques des pays des Balkans et de toute l’Europe. Elle s’inscrit dans une tradition de dialogue qui, ces dernières années, est devenue l’une des caractéristiques distinctives de l’archidiocèse de Rijeka-Fiume.

Dans son allocution, l’archevêque Mate Uzinić a exprimé le souhait que les Rencontres théologiques de la Méditerranée deviennent de plus en plus «un laboratoire théologique de fraternité et d’amitié entre les personnes et les peuples».

Cette année, les intervenants sont Viola Raheb, luthérienne palestinienne née à Bethléem, directrice des programmes de la Fondation Pro Oriente à Vienne; l’évêque de l’Église orthodoxe serbe Grigorije Durić, pasteur de l’éparchie de Düsseldorf et d’Allemagne; Sihem Djebbi, musulmane, professeure de sciences politiques et de relations internationales à Sciences Po Paris et à l’Université Sorbonne Paris Nord, ainsi qu’à la Faculté pontificale de théologie de l’Italie méridionale à Naples; Stipe Odak, professeur d’éthique appliquée à la Faculté de théologie et d’études religieuses de l’Université catholique de Louvain.

Uzinić: les difficultés des artisans de la paix

Pour l’archevêque Mate Uzinić, le thème de cette année ne constitue pas seulement un sujet de réflexion théologique, mais est un défi exigeant d’une conversion personnelle et un engagement concret. Il a reconnu qu’il n’était pas facile de parler de paix, précisément parce qu’il s’agit d’un idéal auquel personne ne peut s’approcher avec la conviction de l’avoir pleinement réalisé. Difficile de «prophétiser la paix au milieu du bruit de la guerre», et le pasteur de Rijeka-Fiume a rappelé qu’au cours de l’histoire, les artisans de paix ont souvent été raillés, persécutés, voire tués. Il a toutefois réaffirmé que les croyants ne peuvent renoncer à annoncer la paix, car celle-ci est profondément inscrite dans l’appel que Dieu adresse à l’humanité.

Se référant au message évangélique «heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu», l’archevêque a affirmé que la véritable construction de la paix commence par la paix intérieure et la réconciliation avec Dieu. Ce n’est qu’à partir de cette expérience qu’il est possible de construire des relations dans lesquelles les autres ne sont pas perçus comme une menace, mais comme des frères et sœurs dotés de la même dignité.

Le cardinal Cupich (troisième à partir de la droite) et l'archevêque Uzinic (au centre) au premier rang parmi les étudiants et les enseignants des Rencontres théologiques de la Méditerranée
Le cardinal Cupich (troisième à partir de la droite) et l'archevêque Uzinic (au centre) au premier rang parmi les étudiants et les enseignants des Rencontres théologiques de la Méditerranée

«Une paix désarmée dans le regard»

À titre d’exemple significatif, Mgr Mate Uzinic a rappelé la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kamil lors de la Cinquième Croisade. Il a souligné que François ne s’était pas présenté armé, si ce n’est «armé de foi», prêt à dialoguer avec celui que le monde de son époque considérait comme un ennemi.

Selon l’archevêque, c’est précisément cette capacité à aller à la rencontre de l’autre sans haine ni préjugés qui constitue l’une des caractéristiques les plus difficiles, mais aussi les plus nécessaires, d’un engagement chrétien authentique en faveur de la paix.

Il a évoqué la nécessité d’une «paix désarmée dans le regard», c’est-à-dire la volonté de préserver, même en situation de conflit, le respect de la dignité de l’autre.

Léon XIV et la construction de la paix

L’qrchevêque s’est qppuyé sur l’encyclique Magnifica humanitas, où Léon XIV propose cinq orientations pour construire une culture de la paix: désarmer les mots, construire la paix dans la justice, adopter le point de vue des victimes, cultiver un réalisme sain et relancer le dialogue et le multilatéralisme.

L'intervention liminaire de l'archevêque de Rijeka-Fiume, Mate Uzinić
L'intervention liminaire de l'archevêque de Rijeka-Fiume, Mate Uzinić

Désarmer les mots pour désarmer la société

L'archevêque Uzinić a également attiré l'attention sur la responsabilité du langage public, observant que la violence verbale, la diabolisation de l'adversaire et les discours de haine envahissent la communication publique et le «champ de bataille numérique». C’est pourquoi, a-t-il affirmé, il faut avant tout «désarmer les mots» afin qu’il devienne possible de désarmer également la société. Citant Léon XIV, il a fait remarquer qu’il n’est pas possible de rester neutre face aux bombardements de civils, aux attaques contre les hôpitaux et à la souffrance des enfants.

En conclusion de son discours, l’archevêque de Rijeka-Fiume a mis en garde contre une vision manichéenne du monde, qui sépare les entièrement bons des complètement mauvais. Selon le prélat, une telle logique est incompatible avec l’Évangile, car au contraire, la Parole invite au dialogue, à l’écoute et à l’instauration d’une confiance mutuelle.

 «La guerre est redevenue à la mode»

Le cardinal de Chicago, Blase J. Cupich, a lui aussi rappelé les paroles prononcées par le Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec le Corps diplomatique, selon lesquelles «la guerre est redevenue à la mode». Pour le cardinal américain, cette expression montre que la guerre n’est plus considérée comme le dernier recours pour la défense, mais de plus en plus souvent comme un choix politique justifié à titre préventif.

Les participants à la cinquième édition des Rencontres théologiques de la Méditerranée
Les participants à la cinquième édition des Rencontres théologiques de la Méditerranée

La guerre n’est pas un moyen de résoudre les conflits

Selon le cardinal Blase J. Cupich, la théorie traditionnelle de la «guerre juste» a perdu sa fonction initiale, qui était de limiter la violence, pour devenir bien souvent un instrument servant à la justifier. S’adressant tout particulièrement aux jeunes participants, il a exprimé l’espérance que ce soit précisément leur génération qui «rejette l’idée de la guerre comme moyen normal de résoudre les conflits».

«La guerre peut détruire en un instant cinquante ans de paix, alors que construire la paix demande beaucoup de temps et de patience», a conclu le cardinal. Il a invité les jeunes à sortir le monde de son «amnésie quant au prix de la guerre» et à témoigner par leur vie qu’ils ne veulent pas vivre à une époque où la guerre redeviendrait socialement acceptable.

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14 juillet 2026, 14:56