Congrès au Panama, l’Église appelée à protéger la communauté des sourds
Cité du Vatican - en collaboration avec la DCYIA — Panama City, Panama
Des délégués venus d’Argentine, du Costa Rica, du Guatemala, du Honduras, du Mexique, du Panama, des États-Unis, du Venezuela et du Vatican ont pris part à la première conférence internationale sur les abus sexuels commis sur des enfants sourds. Responsables ecclésiastiques, experts en protection, victimes et défenseurs des personnes sourdes, se sont réunis pour aborder une réalité douloureuse: de nombreux survivants sourds victimes d’abus, sont restés longtemps invisibles en raison de l’isolement, des barrières de communication et du manque de canaux de signalement accessibles.
Organisé du 8 au 11 juillet sous le thème «Changer ensemble la culture de l’abus», ce congrès a été mis en place par la Deaf Catholic Youth Initiative for the Americas (DCYIA) l'Initiative des jeunes catholiques sourds des Amériques, le Centre de recherche et de formation pour la protection de l’enfance (CEPROME) et l’archidiocèse du Panama sous la direction de l’archevêque José Domingo Ulloa Mendieta, O.S.A.
Un appel à la conversion
En ouvrant le congrès par une messe, Mgr Ulloa a décrit ce rassemblement comme «un chemin de conversion» qui exige de l’Église qu’elle apprenne une nouvelle manière d’écouter. «Pendant de nombreuses années, nous avons pensé que les personnes sourdes devaient s’adapter à nos structures pastorales. Aujourd’hui, nous comprenons que l’Évangile nous demande de faire exactement le contraire. C’est à l’Église qu’il revient d’apprendre le langage de la rencontre.» L’une des caractéristiques marquantes de cette rencontre a été l’accès total à la communication. Les sessions se sont déroulées en quatre langues des signes — la langue des signes argentine, mexicaine, panaméenne et américaine — ainsi qu'en anglais et en espagnol.
Le père Joseph Mulcrone a déclaré que ce format multilingue des signes envoyait un message clair: «La communauté des sourds est un "partenaire actif et indispensable dans la protection".» Des équipes d’interprètes ont assuré l'accès aux séances officielles, aux repas, aux rencontres informelles, aux discussions synodales et aux conversations en dehors des horaires officiels, permettant ainsi aux participants sourds et entendants de s’impliquer davantage et donnant un exemple fort en matière d’accessibilité ecclésiale.
L’écoute à travers la synodalité
Les participants ont également pris part à des «tables synodales», des discussions en petits groupes où des personnes sourdes et entendantes, des survivants et des experts en droit canonique ont partagé leurs expériences et proposé des solutions concrètes en matière de protection, qui ne peut être dissociée de l’écoute, de l’accès linguistique et de la participation active des personnes les plus concernées.
Un engagement au-delà du Panama
Le congrès du Panama a été perçu comme un tournant pour la foi, la protection et la défense des droits des personnes en situation de handicap. Pour les participants, les langues des signes des personnes sourdes doivent être reconnues et leur dignité doit être protégée. Ce rassemblement a également établi une nouvelle référence en matière de gouvernance de l’Église et de défense des droits menée par les personnes sourdes, en montrant qu'elles ne sont pas seulement les bénéficiaires d’une protection, mais aussi des partenaires dans la construction d’environnements sûrs.
Le père Mulcrone a établi un lien entre le congrès et l’appel plus large de la doctrine sociale catholique: «Récemment, dans son encyclique Magnifica Humanitas, le Pape Léon XIV a écrit: “Notre devoir premier est de rester profondément humains.” L’objectif de cette conférence était de toucher à la condition humaine profonde de ceux qui ont été victimes de crimes terribles, en particulier les personnes sourdes. Cet objectif a été atteint de manière efficace, tout comme les prémices d’un effort continu.»
En jetant des ponts par-delà les barrières linguistiques, le congrès du Panama a lancé un réseau international engagé à veiller à ce qu’aucun enfant ni aucune personne vulnérable, quelle que soit sa langue, ne soit laissé sans protection ou sans être entendu.
L’accessibilité au cœur de la protection
Les exposés principaux ont réuni des experts sourds et entendants dans les domaines de la pastorale, du droit canonique, de la psychologie, de la défense juridique et de l’accompagnement des victimes. Parmi les intervenants figuraient Maryann Barth, titulaire d’une maîtrise; Laureen Lynch-Ryan, titulaire d’une maîtrise en travail social; Daiana Gisel Lizarraga; Nancy Cortez, de l’ILSA; Deborah Pizarro, de l’ILSA; Mg. Lic. Gema Lara Lanteri; l’archevêque John Kennedy; les docteurs Oscar Gerardo Barrera, Patricia Espinoza Hernandez; Consuelo Manero Soto; Daniel Portillo Trevizo; et le père Joseph Mulcrone. Les thèmes abordés comprenaient la culture des personnes sourdes, l’histoire des abus, les affaires de l’Institut Próvolo en Argentine, la responsabilité canonique, les protocoles diocésains de protection et la guérison pastorale à long terme.
Le congrès a également bénéficié du soutien de responsables ecclésiastiques qui ont participé aux célébrations liturgiques, notamment Mgr John Kennedy, secrétaire de la Section disciplinaire du dicastère pour la Doctrine de la Foi; le cardinal José Luis Lacunza Maestrojuán, O.A.R.; le père Basil Ikechukwu Mbah, secrétaire de la nonciature apostolique au Panama; et Mgr Ulloa.
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