Journée de la Création: Bartholomée Ier appelle à mettre fin au «géocide»
Giovanni Zavatta - Cité du Vatican
Que le «riche insensé» cesse de démolir sa maison, que le «dieu-homme», malade de consumérisme, aveuglé par des besoins insatiables, mette fin au «géocide» en empruntant enfin la voie du développement durable, «la seule voie écologique». Tel est donc le message du patriarche œcuménique Bartholomée Ier, publié à l’occasion du début de l’année liturgique et de la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, ce 1er septembre.
Il s’agit d’un ultime appel, vibrant, à l’humanité pour qu’elle prenne enfin conscience de la crise écologique contemporaine, «une crise multidimensionnelle de la liberté humaine, de notre religion et de notre philosophie, de notre éthique et de notre culture», qui engendre une «altération néfaste», une «conduite destructrice» nous séparant et nous éloignant de la «Source de Vie».
Des «péchés de la modernité» qui divisent l’humanité et la nature
Dans son message, Bartholomée Ier, fervent défenseur de l'environnement, réaffirme que l'humanité «doit cesser de faire comme si elle ignorait tout et abandonner définitivement l'illusion que la planète Terre puisse supporter éternellement les fardeaux et la destruction causés par l'activité humaine, ou que la nature ait le pouvoir de se régénérer. L'éthique de la responsabilité en matière de protection de l'environnement doit s'exprimer aux niveaux mondial, national, local et personnel. Nous réaffirmons que le développement de la responsabilité écologique est un impératif catégorique pour l'humanité, qui fait face à la plus grande menace de son histoire.»
L'archevêque de Constantinople parle d'un «géocide» dont le «dieu-homme» est responsable, ignorant «toute mesure et toute limite au nom de desseins géopolitiques et d'intérêts économiques, du consumérisme et de la satisfaction de besoins insatiables, mais aussi, plus profondément, en raison d'une perversion de l'expérience et des valeurs intérieures». Les «péchés de la modernité» continuent de créer de nouvelles divisions et fractures entre l’humanité et la nature: «les conséquences de la prédominance mondiale du désir de manipuler, d’instrumentaliser et d’exploiter la nature seront tragiques pour la vie sur notre planète».
Devenir à nouveau les gardiens de la Création
Il n’y a donc plus de temps. Le modèle anthropologique dominant ne peut plus être incarné par le «riche insensé» de l’Évangile (Luc 12, 16-21). Il est impératif de freiner les tendances destructrices en renouant avec le respect des fondements de la civilisation écologique. Plus généralement, écrit le patriarche œcuménique, «l’humanité doit s’accorder sur un ensemble de valeurs fondamentales partagées qui, dans un monde marqué par les conflits et la polarisation, puissent servir de boussole pour l’avenir».
L’axe central de ce système de valeurs est le principe de solidarité: «la solidarité comme source de responsabilité partagée, de dialogue et de réciprocité sincère, ainsi que la responsabilité collective pour la protection de l’environnement.»
Un «tournant copernicien» pour sauver la Création
Le respect concret du caractère sacré de la personne humaine et le souci de l'intégrité de la Création sont, d'un point de vue chrétien, des «manifestations essentielles de l'accomplissement eucharistique de l'Église et de la vocation de l'humanité à devenir un "prêtre" de la Création». D'où, écrit le primat orthodoxe, l'urgence d'un «tournant copernicien» dans notre compréhension de l'idée de progrès et dans l'attitude de l'humanité envers la nature, ainsi que dans les actions de ceux qui participent à la vie politique, économique et sociale, dans les Églises et les religions, dans la science et la technologie, et chez ceux qui sont responsables de l'éducation des jeunes générations.
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