Ouverture du deuxième congrès des liturgistes africains à Dar es-Salam
Françoise Niamien - Cité du Vatican
L’Association des liturgistes des Églises d’Afrique organise son deuxième congrès du 03 au 09 août 2026 à Dar de Dar es-Salam, la capitale tanzanienne, sur le thème «l’inculturation liturgique en Afrique : Pratique et perspectives». Il s'inscrit dans la continuité d'un cheminement entamé avec le premier congrès qui s'est tenu à Dakar au Sénégal en 2023. À cette occasion, les liturgistes africains ont réfléchi à l'état de la question liturgique en Afrique. IIs ont identifié les réussites et les défis, et renouvelé leur engagement à promouvoir une inculturation liturgique authentique. Aujourd'hui, ces liturgistes africains sont réunis non seulement pour poursuivre ce dialogue entre liturgie et inculturation, mais surtout pour l'approfondir, discerner ensemble la voie à suivre et renouveler leur mission commune au service de l'Église en Afrique.
Lors de la cérémonie d’ouverture de cette deuxième rencontre continentale, dans le ’’Kurasini Centre’’ de Dar es-Salam, outre la centaine de liturgistes africains venus des quatre coins du continent et d'ailleurs, on notait la présence le du cardinal Fridolin Ambongo, archevêque métropolitain de Kinshasa et président du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), de Mgr Simon Masondole, évêque Bunda et président de la commission nationale de liturgie de la Tanzanie, et Mgr Salutalis Libena, évêque de Ifakara membre de la Conférence épiscopale de la Tanzanie.
Un engagement qui revêt une importance particulière
Depuis Rome, et dans un message vidéo, le préfet du dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, s’est réjoui de l’organisation de ce congrès international. Le cardinal Arthur Roche estime que «ces réflexions actuelles sur l’inculturation liturgique rendra un précieux service à l’Église, car elle touche au cœur même de la vie chrétienne : la rencontre avec Dieu dans le mystère célébré au sein de la riche diversité des cultures africaines». «Votre engagement revêt aujourd’hui une importance particulière, alors que l’Église est appelée à comprendre toujours plus profondément comment l’Évangile peut-il s’incarner dans les cultures des peuples sans rien perdre de sa vérité ni de sa puissance salvifique», a-t-il souligné.
Inculturation et le Mystère de l’Incarnation du Verbe éternel
Dans ce message vidéo, le cardinal Roche s'est appesanti «sur le fait que l’inculturation liturgique trouve précisément son fondement dans le mystère de l’Incarnation du Verbe éternel». «De même que le Verbe éternel du Père a assumé une condition historique, culturelle et humaine concrète, de même la Liturgie est appelée à exprimer le mystère du Christ à travers des langages, des symboles et des formes intelligibles et significatifs pour chaque peuple», a encore souligné le cardinal préfet en souhaitant «que, par les célébrations liturgiques, l’échange mystérieux inauguré par l’Incarnation continue de porter du fruit dans la vie de l’Église».
La finalité de l’inculturation
Poursuivant, le cardinal anglais a indiqué que le but de l’inculturation, «n’est ni l’originalité, ni le désir de rendre la liturgie simplement plus attrayante. Il consiste à permettre que le mystère célébré soit exprimé avec davantage de clarté et que le peuple chrétien participe pleinement, activement et communautairement aux saints mystères». Par conséquent, «le mystère du Christ doit demeurer le centre et le critère de toute adaptation. Les formes culturelles adoptées dans les célébrations ne doivent ni remplacer ni obscurcir le Mystère. Elles doivent au contraire favoriser la rencontre avec Dieu sans altérer sa Révélation définitive, accomplie dans la Personne de Jésus-Christ».
«L’Afrique, un terrain privilégié»
Dans la suite de ce message vidéo, le cardinal Roche a relevé que «les Églises locales d’Afrique représentent aujourd’hui l’un des contextes les plus féconds pour le développement de l’inculturation liturgique». «La richesse symbolique des cultures africaines, la place centrale du corps, le sens de la communauté, ainsi que le sens du sacré et de la célébration, constituent un terrain privilégié pour une liturgie vivante et participative», a -t-il indiqué à nouveau. «Le chant, la danse, le rythme, le silence et les gestes rituels sont des langages naturels à travers lesquels le mystère chrétien trouve une expression authentique. Cette sensibilité constitue un don extraordinaire pour toute l’Église, en nous rappelant que la participation corporelle n’est pas un élément marginal : l’être humain rend un culte à Dieu avec tout son être».
«L’inculturation doit toujours rester centrée sur le Rite Romain»
Toutefois, au-delà le fait qu’elle «constitue un don extraordinaire pour l’Église», «l’inculturation ne doit pas aboutir à de nouveaux Rites mais doit toujours rester centrée sur le Rite Romain. Bien plus, «personne n’a le pouvoir de modifier ce que le Rite Romain vise à transmettre à l’Église universelle», a fortement conseillé le préfet du dicastère pour le Culte divin et la discipline des sacrements.
Faisant remarquer que «les processus d’inculturation exigent du temps, de l’étude, de la prière, de l’expérimentation et de l’évaluation, et qu’Ils ne doivent pas être improvisés ni imposés», le cardinal Roche a dit prier afin que «le travail des liturgistes africains aide toujours davantage les Églises d’Afrique à célébrer le mystère du Christ dans la fidélité à la tradition de l’Église et dans l’authentique richesse des cultures de vos peuples». Aussi, que «la liturgie devienne véritablement le lieu où le Verbe continue de demeurer parmi les hommes et où les peuples peuvent encore contempler sa gloire». C’est au terme de ce message vidéo du préfet du dicastère pour le Culte divin et la discipline des sacrements que le cardinal Fridolin Ambongo a livré son discours.
«L’inculturation est un processus continu»
L’archevêque de Kinshasa a tout d'abord insisté sur le fait que «l’inculturation est un processus continu». «Depuis le Concile Vatican II, et plus particulièrement après la promulgation de Sacrosanctum Concilium, l'Église en Afrique a courageusement poursuivi le chemin de l'inculturation liturgique», s’est-il réjoui tout saluant avec gratitude de la vision pionnière et du travail inlassable des éminents pasteurs et théologiens. «L'un des fruits les plus significatifs de ce cheminement a été le développement du Rite zaïrois, qui démontre qu'une inculturation authentique est non seulement possible, mais qu'elle enrichit aussi la vie de l'Église universelle» a-t-il fait remarquer.
Relever le défi d’une inculturation authentique
Cependant, pour le cardinal Ambongo, «si nous nous réjouissons de ces réalisations, la gratitude ne doit pas nous empêcher de parler avec franchise de la situation actuelle». «Le dynamisme remarquable qui a caractérisé le mouvement d'inculturation liturgique dans les années 1970 et 1980 s'est progressivement essoufflé», regrette le président du SCEAM. De ce fait, pour lui, le défi de l’Église en Afrique face à l’inculturation «n'est donc ni de préserver la liturgie comme un élément culturellement étranger, ni de la réduire à une simple performance culturelle», mais bien plus, «une inculturation authentique ne modifie jamais l'essence de la liturgie mais elle permet plutôt aux fidèles de comprendre, de vivre et de célébrer plus profondément le mystère du Christ à travers les richesses authentiques de leurs propres cultures».
Pour une authentique inculturation
Face à cette perte d’authenticité, le président du SCEAM a encouragé les congressistes à renouveler plusieurs engagements fondamentaux: tout d’abord, «nous devons réaffirmer notre engagement envers une inculturation liturgique authentique, fermement enracinée dans l’Écriture Sainte, la Tradition de l’Église et le Magistère, tout en reconnaissant la richesse légitime des cultures africaines». Aussi, l’archevêque de Kinshasa a encouragé un renforcement de la formation liturgique à tous les niveaux. «L’inculturation ne peut s’épanouir sans évêques, prêtres, séminaristes, religieux, catéchistes, musiciens et fidèles laïcs bien formés à la fois à la théologie liturgique et au patrimoine culturel de nos peuples» a-t-il souligné.
En outre, le cardinal Ambongo a incité une recherche approfondie et une collaboration interdisciplinaire. Enfin l'archevêque congolais a recommandé à «aborder les dérives liturgiques avec sagesse pastorale et fidélité ecclésiale» car «une inculturation authentique ne saurait justifier le syncrétisme, l’improvisation ou les pratiques qui amoindrissent le caractère sacré de la liturgie». «La musique, la danse, les gestes, le silence, l’architecture et l’expression artistique ont tous une place importante dans le culte, mais ils doivent toujours conduire les fidèles plus profondément au mystère du Christ» a encore soutenu le prèsident du SCEAM.
Concluant ses propos, le cardinal Fridolin Ambongo a souhaité que ce congrès des liturgistes africains qui se conclura ce 9 août, «porte des fruits durables. Qu'il renforce la collaboration entre les liturgistes africains, consolide nos réseaux continentaux, encourage la recherche et la formation continues et offre des orientations pastorales pratiques qui enrichiront nos diocèses, séminaires et paroisses pour de nombreuses années à venir».
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