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Le producteur mondial de lithium Sigma Lithium Corporation à la mine Grota do Cirilo à Itinga, dans l'État de Minas Gerais, au Brésil. Le producteur mondial de lithium Sigma Lithium Corporation à la mine Grota do Cirilo à Itinga, dans l'État de Minas Gerais, au Brésil.  Les dossiers de Radio Vatican

Le lithium, une opportunité économique pour l’Afrique

Indispensable à la transition énergétique, le lithium connait aujourd'hui une explosion de la demande sur le marché mondial. Avec la découverte de nouvelles mines en Afrique, ce minerai très convoité représente une opportunité économique immense pour le continent.

Entretien réalisé par Alexandra Sirgant – Cité du Vatican

Du 4 au 6 septembre, l’Afrique a accueilli son premier sommet sur le climat. A l’issue de cet événement historique, les pays africains ont adopté la déclaration de Nairobi, destinée à concrétiser le potentiel du continent pour une croissance verte. Certains pays africains disposent de nombreux métaux aujourd’hui très convoités car essentiels à la transition énergétique : cobalt, cuivre, lithium…Ce dernier favorise la production d’énergie et de transport propres notamment grâce aux batteries rechargeables pour les véhicules électriques. 

Des mines découvertes en RDC, au Mali et au Niger

«Pour électrifier les transports, nous avons besoin d’un million de tonnes de lithium» explique Michel Jebrak, spécialiste dans le domaine des ressources minérales métalliques, et professeur émérite à l’université du Québec à Montréal. «C’est un marché explosif, il y a aujourd'hui une course pour ce métal» notamment de la part de l’Union européenne, qui a récemment annoncé mettre fin aux moteurs thermiques d’ici 2035. Cette transition mondiale vers les énergies renouvelables représente une réelle opportunité économique pour l’Afrique.

Les premiers producteurs mondiaux de lithium sont l’Australie, le Chili et l’Argentine. «Mais depuis deux ans, il y a un investissement économique considérable pour trouver des nouvelles mines de lithium. On en a trouvé au Canada, en Chine et puis en Afrique !» explique le chercheur, également co-auteur du livre Objectif Lithium : Réussir la transition énergétique (Editions Multimondes). «On savait déjà qu’il y en avait au Zimbabwe et au Mozambique, mais on en a découvert en République démocratique du Congo, au Mali ou encore au Niger.»

La Chine détient la moitié des mines de lithium en Afrique

La compétition géopolitique pour savoir qui va contrôler la production est belle et bien lancée. «L’enjeu c’est à la fois la production et la transformation», précise Michel Jebrak, «car pour récupérer le bénéfice il ne faut pas seulement extraire le minerai, mais il faut le transformer». Et sur ce sujet, Pékin a pris de l’avance. La Chine est aujourd’hui le premier raffineur au monde, avec «l’achat de près de la moitié des mines de lithium connues en Afrique».  

Pour leur part, les pays africains sont déterminés à conserver une plus grande partie de la valeur de leurs ressources que par le passé. Au Zimbabwe, premier producteur africain de lithium, des mesures ont été mises en place pour interdire l’exportation de lithium brut, afin d’inciter les mines à le traiter dans le pays avant de l’exporter à l’étranger, pour mieux en tirer profit. L’Union africaine a également déjà exprimé sa volonté de vouloir retrouver le pouvoir sur ses ressources.

 «Si les pays africains réussissent à reprendre le control sur leurs ressources, ils pourront se développer économiquement, et on peut imaginer qu’à terme on produise des voitures en Afrique» souligne le professeur émérite. Actuellement, peu de pays produisent des voitures sur le marché international, mise à part le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Maroc.

«C’est une très belle occasion pour redistribuer les cartes, mais la difficulté c’est d’avoir la capacité politique de s’organiser, car de nombreux pays sont encore sous influences politiques, militaires et économiques» explique Michel Jebrak. «Il faudrait que les pays africains s’unissent pour avoir la capacité de négocier face aux chinois et aux européens» détaille le chercheur, en prenant pour exemple la création de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) par les pays arabes en 1973.

Entretien avec Michel Jebrak, spécialiste dans le domaine des ressources minérales métalliques et professeur émérite à l'université du Québec à Montréal.

 

 

 

 

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14 septembre 2023, 12:03