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Le convoi parti de Beyrouth pour rejoindre trois villages chrétiens, situés à proximité de la frontière dans le sud du pays, ce 18 juin 2026. Le convoi parti de Beyrouth pour rejoindre trois villages chrétiens, situés à proximité de la frontière dans le sud du pays, ce 18 juin 2026. 

Malgré la peur, l’Ordre de Malte livre de l’aide aux chrétiens du Sud-Liban

À l’aube ce jeudi 18 juin, un convoi de onze camions a quitté Beyrouth pour livrer 200 tonnes de fourrage aux éleveurs de Rmeich, Aïn Ebel et Debel, des localités libanaises à proximité de la frontière avec Israël. Un «périple» organisé mais effectué non sans crainte au regard du contexte géopolitique. «On met nos vies à risque, mais c'est notre façon de nous battre pour notre pays», nous confie Oumayma Farah, directrice du développement et de la communication de l'Ordre de Malte Liban.

Marie Duhamel – Cité du Vatican

Beyrouth était encore plongée dans la nuit quand les onze camions et trois voitures composant le convoi se sont mis en route. Israël n’avait pas renoncé à frapper le Liban, malgré le protocole d’accord annoncé par l’Iran et les États-Unis. «La situation était assez angoissante», reconnait la directrice du développement et de la communication de l'Ordre de Malte Liban. «Il s’agissait d’un risque contrôlé puisque nous avions toutes les autorisations nécessaires», mais rien ne peut garantir à 100% la sécurité des équipes, poursuit Oumayma Farah, qui nous confie avoir prié avant et tout au long du «périple».

«Le Sud est au coeur du Liban»

Originaire du Nord du Liban résidant près de Beyrouth, Oumayma Farah sait en théorie ce qu’elle va découvrir. Elle suit les réseaux sociaux et le travail des médias, mais «voir de ses propres yeux toute cette destruction, c’est autre chose». En passant derrière la ligne jaune imposée par Israël, et en pénétrant dans ce que les Libanais considèrent comme étant une zone rouge, le convoi découvre des routes complètement délabrées, «il n’y a plus de bitume, juste de la poussière. C’est comme si on était dans un champ de bataille», lance la responsable de l’Ordre de Malte, avant de se reprendre, «c’est un champ de bataille». Une situation qui bouleverse la Libanaise. «La sud du Liban n’est pas détaché du Liban, le Sud est au cœur du Liban», clame-t-elle.

C’est fort de cette conviction que l’Ordre souverain de Malte assure ne jamais renoncer à aider les habitants du sud, en particulier ceux des villages chrétiens.

Distribution du fourrage apporté par l'Ordre de Malte.
Distribution du fourrage apporté par l'Ordre de Malte.

200 tonnes de fourrage

Le convoi de ce jeudi, le septième depuis le début de la guerre initiée le 2 mars dernier, était d’une nature particulière, dédié uniquement aux agriculteurs, fermiers et éleveurs. Deux cents tonnes de fourrage se trouvaient massés dans les camions. «C’était une intervention très importante, car les éleveurs ne parviennent plus à recevoir de fourrage pour leur bétail et l’accès aux plaines de pâturage est compromis en raison de la guerre», explique Oumayma Farah. Non sans conséquences pour leurs troupeaux - la santé du bétail est menacée - mais également pour les habitants de Rmeich, Aïn Ebel et Debel. «Leur revenu économique est affecté, et ils ne peuvent assurer correctement la production de laitage, de fromage et de viande à leur communauté», poursuit la directrice du développement de l’Ordre de Malte.

Une difficulté qui s’ajoute à tant d’autres pour ces Libanais isolés, presque coupés du monde et qui ne reconnaissent même plus leur territoire aujourd’hui défiguré. «Beaucoup de ceux qui travaillent ou collaborent avec nous sont originaires du sud, ou ont des parents qui résident encore dans ces villages. Ils ont grandi dans ces régions, mais ne reconnaissent ni paysage, ni routes. Beaucoup de choses ont été rasées. Ils ont perdu leurs anciens repères», déplore Oumayma Farah.

Lors de la distribution de fourrage ce jeudi 18 juin.
Lors de la distribution de fourrage ce jeudi 18 juin.

«Les aider, notre façon de nous battre»

Parallèlement au travail effectué par le nonce apostolique au Liban, et de manière complémentaire, l’Ordre de Malte dispense sur place de l’aide strictement humanitaire, de la nourriture, des médicaments, des soins primaires, avec du personnel engagé localement.

Les appuyer avec des livraisons depuis Beyrouth «est une manière de montrer notre solidarité» à ces hommes et femmes, qui «sont finalement les véritables héros». En leur apportant les moyens de subsister et de rester, «c’est aussi une façon pour nous de nous battre pour la sauvegarde de notre pays», confie Oumayma Farah.  

En rentrant à Beyrouth après un retour bien plus long que prévu, les membres de l’équipes ont prié pour remercier Dieu d’être rentrés sains et saufs dans leur domicile. «Quelques heures après qu'on soit arrivés, les combats ont repris».

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19 juin 2026, 19:09