Pour l'Unesco «protéger la culture, c’est défendre l’identité des peuples»
Davide Dionisi - Cité du Vatican
Mosquées, mausolées, bibliothèques: il ne s’agit pas seulement de dommages collatéraux, mais de cibles délibérées, visées pour effacer l’identité de communautés entières. S’en prendre au patrimoine culturel, c’est s’en prendre à l’âme d’un peuple. C’est pourquoi le patrimoine culturel est de plus en plus souvent la victime directe des conflits armés. Et c’est un défi que l’Unesco relève chaque jour, entre protection juridique et reconstruction sur le terrain. «Nous avons mis en place le cadre réglementaire le plus solide au monde en matière de culture et de patrimoine, composé de six conventions culturelles, chacune consacrée à une dimension spécifique de la protection du patrimoine, matériel ou immatériel. Ensemble, ces instruments garantissent une approche globale de la protection du patrimoine culturel et naturel», explique le porte-parole de l’agence spécialisée de l’Onu, ajoutant que «l’instrument principal en cas de conflit armé est la Convention de La Haye de 1954 et ses deux protocoles, le premier traité international consacré exclusivement à la protection des biens culturels dans de tels contextes. Elle prévoit des mesures préventives, des obligations pour les États et le respect du patrimoine lors des opérations militaires. Ces deux protocoles renforcent encore davantage la Convention et soutiennent sa mise en œuvre. Dans ce contexte, l’Unesco aide les États à appliquer ces instruments et agit par le biais de la coopération, du dialogue et des mécanismes internationaux mis en place pour faciliter leur application effective».
Des normes à l’action sur le terrain
Mais l’agence n’agit pas uniquement en s’appuyant sur des instruments juridiques, mais aussi par le biais de la coopération internationale, de l’assistance technique, du conseil politique, de la formation d’experts et des communautés locales, ainsi que du dialogue avec les États membres. «Nous nous coordonnons avec des partenaires humanitaires et culturels pour promouvoir le respect du patrimoine culturel avant, pendant et après les conflits», poursuit le porte-parole. «Ces dernières années, le patrimoine culturel, et dans certains contextes également le patrimoine naturel, est de plus en plus exposé aux situations de conflit armé. Si, dans certains cas, les dégâts sont un effet collatéral, dans d’autres, le patrimoine est délibérément pris pour cible, ce qui porte atteinte à l’identité, à la mémoire et aux valeurs qu’il représente pour les communautés, les nations et l’humanité dans son ensemble. Cette destruction ne touche pas seulement les biens culturels en tant que tels, mais aussi le tissu social, spirituel et culturel des sociétés. En tant que vecteur essentiel de la transmission de la mémoire, du savoir et de la cohésion sociale à travers les générations, sa perte peut devenir un obstacle au dialogue et à la réconciliation». L’approche de l’Unesco place donc les communautés au cœur de la protection et de la gestion du patrimoine. «Dans les contextes d’après-conflit, notre action va au-delà de la simple reconstruction des monuments; elle vise à reconnecter les personnes à leur histoire, tout en redynamisant la vie culturelle, éducative et sociale.»
Tombouctou et Mossoul, symboles de la renaissance
Parmi les exemples concrets, on cite celui de Tombouctou et celui de l’Irak. «Dans le premier cas, au Mali, nous avons soutenu la reconstruction de 14 mausolées détruits en 2012, en collaborant avec des artisans locaux qui ont utilisé des techniques traditionnelles pour préserver l’authenticité du site, tout en formant une quarantaine de jeunes artisans afin d’assurer la transmission de ce savoir-faire», révèle le porte-parole. «De même, en Irak, l’initiative Revive the Spirit of Mosul, lancée en 2018, illustre l’ampleur et le caractère collectif de ces efforts. En mobilisant plus de 115 millions de dollars et 15 partenaires internationaux, ce programme a permis la reconstruction de sites patrimoniaux majeurs, notamment la mosquée Al-Nuri et son emblématique minaret penché, ainsi que la réhabilitation de 124 maisons historiques, la restauration de plus de 400 salles de classe et la création de plus de 7 700 emplois locaux. Dans leur ensemble, ces exemples reflètent une approche commune fondée sur la solidarité internationale et l’engagement collectif, plaçant les communautés locales au cœur du processus de relèvement».
Reconstruire la mémoire pour construire la paix
L’Unesco considère la reconstruction comme un processus social bien plus vaste qu’une simple intervention technique. «Elle est évaluée au cas par cas, à condition qu’elle soit bien documentée et qu’elle réponde aux besoins et aux attentes locales; dans certains cas, la non-reconstruction peut également constituer un choix délibéré. Lorsqu’elle est mise en œuvre, elle est conçue pour être réalisée avec et par les acteurs locaux, en s’appuyant sur les savoirs et les pratiques traditionnels. Dans cette perspective, la culture peut devenir un moteur essentiel de résilience, de paix et de relance», explique le porte-parole, soulignant que «puisque le patrimoine est pris pour cible précisément pour ce qu’il représente, sa restauration envoie un message fort de continuité et de renouveau. Elle contribue à favoriser la cohésion sociale et la confiance, tout en offrant des opportunités d’emploi et de subsistance. Le processus de restauration commence par la sauvegarde d’urgence et la documentation, et se poursuit par des efforts participatifs visant à redonner vie non seulement aux structures physiques, mais aussi à la vie sociale et spirituelle qui y est associée. Si elle s’inscrit dans des stratégies plus larges de paix, d’éducation et de développement, la culture peut contribuer à reconstruire les sociétés de manière durable, tout en rouvrant des voies de dialogue, de réconciliation et de cohésion sociale».
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