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Le Pape Léon XIV a célébré la messe à la basilique Saint-Augustin d'Annaba, en Algérie, mardi 14 avril 2026. Le Pape Léon XIV a célébré la messe à la basilique Saint-Augustin d'Annaba, en Algérie, mardi 14 avril 2026.  (@Vatican Media)

À Annaba, l’appel à «renaître d’en haut» de Léon XIV

Au deuxième jour de la première étape de son voyage en Algérie, après une journée riche en activités, le Pape a célébré une messe votive de Saint Augustin, en la basilique Saint-Augustin d’Annaba. Dans son homélie le Saint-Père a rappelé que «la foi en l’unique Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, unit les hommes selon une justice parfaite qui invite chacun à la charité». «Sur cette terre, chers chrétiens d’Algérie, restez un signe humble et fidèle de l’amour du Christ», a-t-il exhorté.

Augustine Asta – Cité du Vatican

La deuxième journée du voyage apostolique du Pape Léon XIV en Algérie revêt une dimension historique, personnelle et spirituelle, pour celui qui au soir de son élection le 8 mai 2025 s’était présenté depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, comme un «augustinien», le «fils de Saint Augustin». En pèlerin de paix sur les traces de son père spirituel, la journée de ce mardi a été marquée pour le Souverain pontife, -qui devient le premier à visiter le pays berceau du grand philosophe chrétien et docteur de l’Église-, par un passage à Annaba (Algérie), l’ancienne Hippone. C’est là, à quelque 500 kilomètres à l’est d’Alger, sur la côte méditerranéenne, où s’étendent en lisière de la ville les vestiges d’Hippone, l’une des grandes villes de l’Africa Nova romaine, que se dresse majestueusement la basilique de Saint-Augustin, en hommage à celui qui fut évêque d’Hippone de 395 jusqu’à sa mort. C’est aussi là, dans cette basilique construite en 1881, où l’on distingue encore les contours de l’ancienne église dans laquelle prêchait saint Augustin, que le Saint-Père a célébré dans l’après-midi de ce 14 avril une messe votive en hommage à son maître, en présence d’environ 1 500 fidèles.

Messe en l’honneur de l’évêque et docteur de l’Église

La première séquence de cette messe s’ouvre par les rites d’introduction. «Le jour de votre élection comme Souverain pontife, vous avez dit une parole qui a fait trembler le peuple algérien et tout particulièrement celui d’Annaba: ‘‘Je suis fils d’Augustin’’», a souligné l'évêque de Constantine-Hippone, Mgr Michel Guillaud, dans son mot introductif. «Après s’être demandés si vous aviez un ancêtre originaire d’Annaba (Hippone) ou de Souk-Ahras (Thagaste), tout le monde a fini par comprendre qu’Augustin était pour vous un grand frère sur votre chemin de croyant.», a-t-il encore continué.

Depuis ce jour, a fait remarquer l’évêque, il «était devenu clair pour tous que vous alliez venir.» «Vous trouvez ici des frères et des sœurs chrétiens et musulmans inspirés ou intrigués par la figure, la vie ou les écrits de saint Augustin, heureux de vous accueillir comme compagnon de route et comme leader spirituel qui, tout étant le chef de l’Église catholique, porte le souci de tous, quelle que soit sa religion», «bienvenue chez vous!», a-t-il lancé.

La liturgie de la parole a mis en avant la diversité linguistique, culturelle et spirituelle: avec le kyrié chanté en français, le gloria en latin, la première lecture faite en arabe, le Psaume responsorial, en anglais, la proclamation de l’Évangile, en français. Puis, le Pape a prononcé son homélie.

 Parole divine et histoire 

«La parole divine traverse l’histoire et se renouvelle par la voix humaine du Sauveur», a déclaré Léon XIV. Aujourd’hui, a poursuivi le Saint-Père, l’Évangile, «bonne nouvelle pour tous les temps», est proclamée dans cette basilique d’Annaba dédiée à saint Augustin, évêque de l’antique Hippone. «Les lieux qui nous accueillent ont changé de nom au fil des siècles, mais les saints restent nos patrons et sont les témoins fidèles d’un lien avec la terre, qui vient du ciel.», a expliqué le Souverain pontife. C’est cette «dynamique, a-t-il noté, que le Seigneur met en lumière dans la nuit avec Nicodème: c’est cette force que le Christ insuffle à la faiblesse de sa foi et à la persévérance de sa recherche.»

«Renaître d’en haut»

 «Il vous faut que naître d’en haut». C’est l’invitation, à la lumière de l’Évangile, «adressée à chaque homme et à chaque femme qui cherche le salut!», a détaillée le Pape. La mission de toute l’Église, et par conséquent de la communauté chrétienne en Algérie, «jaillit de l’appel de Jésus: renaître d’en haut, c’est-à-dire de Dieu.», a encore affirmé l’évêque de Rome. Dans cette perspective, la foi «triomphe des épreuves terrestres» et la grâce du Seigneur «fait fleurir le désert». Mais la beauté de cette exhortation, fait savoir le Pape, «s’accompagne d’une épreuve, que l’Évangile nous appelle à traverser ensemble.»

Une espérance plus forte que les épreuves

«Renaître d’en haut!», ces paroles du Christ ont en effet «toute la force d’un devoir». Cet impératif résonne «à nos oreilles comme un commandement impossible». Pourtant, il ne s’agit pas d’une «imposition sévère, ni d’une contrainte, et encore moins d’une condamnation à l’échec». Au contraire, a insisté le Saint-Père, le devoir exprimé par Jésus est un «don de liberté» puisqu’il «nous révèle une possibilité inespérée: renaître d’en haut, grâce à Dieu.» C’est pourquoi tous les fidèles sont donc appelés à le faire, «selon son volonté aimante qui désire renouveler l’humanité en l’appelant à une communion de vie partant de la foi», comme en témoigne saint Augustin, dans son livre Les Confessions.

Face aux difficultés auxquelles le monde est confronté— injustices, souffrances, incertitudes — la question de Nicodème demeure actuelle: «notre histoire peut-elle vraiment changer?», a interrogé le Pape. Même accablé par la douleur ou le péché, le «Crucifié porte tous ces fardeaux avec nous et pour nous», a répondu Léon XIV. «Peu importe à quel point nous sommes découragés par nos faiblesses: c’est précisément là que se manifeste la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts pour donner la vie au monde», a-t-il ajouté. Et «chacun de nous peut faire l’expérience de la liberté de la vie nouvelle qui vient de la foi dans le Rédempteur». Comme saint Augustin, il faut «voir d’abord sa conversion avant de le considérer pour sa sagesse».

“Les chrétiens naissent d’en haut, régénérés par Dieu en tant que frères et sœurs de Jésus; et l’Église qui les nourrit par les sacrements est un sein maternel accueillant pour tous les peuples de la terre.”

Communion et partage

Le livre des Actes des Apôtres témoigne en décrivant le «style qui caractérise l’humanité renouvelée par l’Esprit-Saint.» Aujourd’hui encore, a insisté Léon XIV, «nous devons accueillir et mettre en œuvre cette règle apostolique, en la méditant comme un critère authentique de réforme ecclésiale» qui, «pour être vraie, commence par le cœur et qui, pour devenir efficace, concerne chacun.» En effet, «la multitude de ceux qui avaient embrassé la foi n’avait qu’un seul cœur et une seule âme». Cette unité spirituelle, a dit le Pape, est une «concordia: un mot exprimant bien la communion des cœurs qui battent à l’unisson parce qu’ils sont unis à celui du Christ».

“L’Église naissante ne repose pas sur un contrat social mais sur une harmonie dans la foi, dans les sentiments, dans les idées, dans les choix de vie, harmonie qui a pour centre l’amour de Dieu fait homme pour sauver tous les peuples de la terre.”

Dans un second temps, l’effet concret de cette unité spirituelle des croyants c’est le partage: les biens sont mis en commun, non par obligation, mais par charité. Cette solidarité radicale répond aux besoins de chacun et manifeste une justice fondée sur l’amour. «Animée par cette loi, inscrite par Dieu dans les cœurs, l’Église est toujours naissante, parce que là où règne le désespoir, elle enflamme l’espérance; là où règne la misère, elle introduit la dignité; là où il y a conflit, elle apporte la réconciliation», a-t-il soutenu.

Enfin, le texte des Actes des apôtres, «nous révèle le fondement de cette vie nouvelle qui concerne tous les peuples, quelles que soient leurs langues et leurs cultures». «La charité qui les anime, avant d’être un engagement moral, est un signe de salut», a-t-il indiqué. Par ailleurs, la première tâche des pasteurs, ministres de l’Évangile, est donc de «rendre témoignage à Dieu d’un seul cœur et d’une seule âme devant le monde, sans que les préoccupations ne nous corrompent par la peur, ni que les modes ne nous affaiblissent par le compromis.»

“Sur cette terre, chers chrétiens d’Algérie, restez un signe humble et fidèle de l’amour du Christ. Témoignez de l’Évangile par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue vécu au jour le jour: Vous donnerez ainsi saveur et lumière là où vous vivez.”

Vers la fin de son homélie, le Pape a présenté l’encens, ce «grain incandescent qui diffuse son parfum parce qu’il rend gloire au Seigneur, et apporte joie et réconfort à beaucoup» comme un «petit élément précieux» qui «invite à tourner nos cœurs vers Dieu, en nous encourageant mutuellement à persévérer dans les difficultés du temps présent.» La louange, la bénédiction, la supplication «s’élèvent de l’encensoir de notre cœur, en répandant la suave odeur (cf. Ep 5,1) de la miséricorde, de l’aumône et du pardon.»

Héritiers d’une tradition vivante

L’histoire de l’Algérie est faite «d’accueil généreux et de persévérance dans l’épreuve», a déclaré Léon XIV. «C’est ici que les martyrs ont prié, c’est ici que saint Augustin a aimé son troupeau en cherchant la vérité avec passion et en servant le Christ avec une foi ardente», a-t-il insisté. D’où cette invitation finale: «Soyez les héritiers de cette tradition en témoignant, dans la charité fraternelle, de la liberté de ceux qui naissent d’en haut comme une espérance de salut pour le monde.»

Bien après la prière des fidèles, en français, anglais, arabe, tamazight, et portugais, mais aussi la liturgie eucharistique; le rite de communion; et bien avant le rite de conclusion, l’évêque de Constantine a pris la parole pour remercier le Pape, pour son passage en ce «lieu-source de vos racines augustinienne» qui «bien que rapide», «nous aura stimulé», a-t-il affirmé. La venue du Pape aura encouragé la communauté «chrétienne dans sa foi; et dans sa confiance dans la bienveillance et le respect du peuple algérien» mais aussi souligné la «pertinence de la figure de saint Augustin pour éclairer la pensée des hommes d’aujourd’hui».

Échanges de cadeaux

L’évêque de Constantine a alors remis en signe de gratitude un cadeau en céramique réalisée par une artiste algérienne. Un cadeau qui veut «marquer le souvenir de votre venue, de comment vous nous avez rassemblés, chrétiens de toutes confessions et musulmans », a-t-il déclaré. Poursuivant: «La carte de couleur verte de l’Algérie dit le pays et son accueil; la couleur rouge reprend le dessin d’une fresque antique qui se trouve au musée d’Hippone, sur la colline en face de nous ; elle dessine le chrisme, les deux premières lettres du nom du Christ, du Messie fils de Marie; et elle représente deux colombes buvant à une coupe dont le contenu n’appartient à personne, mais auquel nous appartenons tous, parce que de Lui nous venons et vers Lui nous allons.» Léon XIV pour sa part a offert un calice pour la célébration eucharistique à Mgr Michel Guillaud, avant de prendre une fois encore la parole pour exprimer sa gratitude particulière «aux autorités civiles, pour l’hospitalité attentionnée» et pour le «soin avec lequel elles ont veillé» à la réussite de sa visite en Algérie.

“Je considère ce voyage comme un don spécial de la Providence de Dieu, un don que le Seigneur a voulu faire à toute l’Église par l’intermédiaire d’un Pape augustinien.”

«Dieu est Amour, il est le Père de tous les hommes et de toutes les femmes. Tournons-nous vers Lui avec humilité, confessons que la situation actuelle du monde, telle une spirale négative, dépend au fond de notre orgueil.», a affirmé le Pape en guise de résumé de son périple algérien. «Nous avons besoin de Lui, de sa miséricorde. Ce n’est qu’en Lui que le cœur humain trouve la paix et ce n’est qu’avec Lui que nous pourrons, tous ensemble, en nous reconnaissant frères, marcher sur les chemins de la justice, du développement intégral et de la communion», a-t-il conclu.

Messe de Léon XIV à Annaba

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14 avril 2026, 17:40