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Le Pape aux trafiquants d'êtres humains: «Repentez-vous! Il existe la justice divine»

«Arrêtez-vous. Convertissez-vous!» Dans son dicours tenu au dernier jour de son voyage en Espagne, lors la rencontre avec les acteurs de l’intégration des migrants, sur la place du Christ de La Laguna de Tenerife, Léon XIV a adressé un message clair aux traficants d'êtres humains: «L’argent arraché à la vulnérabilité des pauvres ne donnera ni paix, ni honneur, ni avenir» leur a dit le Pape. Il a également encouragé les migrants à s'intégrer, et exhorté les catholiques à la solidarité.

Myriam Sandouno – Cité du Vatican

L'intégration des migrants, ainsi que la question de leur accueil chère au Pape, ont de nouveau été abordées à Santa Cruz de Tenerife, dernière étape du voyage apostolique de Léon XIV en Espagne. Parti ce matin de Las Palmas Grande Canarie, où il avait lancé au port d'Arguineguín un bouquet de fleurs en mer, en hommage aux migrants qui ont perdu la vie, Léon XIV est arrivé ce 12 juin à Santa Cruz de Tenerife (Sainte Croix de Tenerife). Dans cette deuxième ville la plus peuplée des Îles Canaries, la majorité de la population est catholique. On compte également une grande communauté de musulmans et d’hindous. 

Témoignages de migrants 

Dans la matinée de ce vendredi, le Pape est allé à la rencontre des acteurs de l’intégration des migrants, après un passage au centre d’accueil de migrants, Las Raìces (Les Racines). Sur la place du Christ de La Laguna de Tenerife où s’est déroulée la rencontre, des migrants originaires du Maroc, du Sénégal, du Maroc, de Colombie, ont partagé au Pape leurs témoignages, en présence de l'évêque de San Cristóbal de La Laguna, Tenerife, Mgr Eloy Alberto Santiago Santiago.

Ces migrants sont «avant tout des personnes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu», plutôt que des «catégories juridiques ou de problèmes à gérer». Après des voyages difficiles et, parfois, plusieurs tentatives – comme dans le cas de Khalid venu du Maroc–, «ils cherchent quelqu’un pour leur dire, par les gestes avant les mots: votre vie n’est pas un rebut, votre souffrance n’est pas invisible, votre dignité n’a pas été désagrégée dans les eaux que vous avez traversées» a déclaré le Souverain pontife. Mais, a-t-il ajouté, «ils cherchent aussi quelque chose de plus: une possibilité concrète de recommencer, d’apprendre, de travailler, de servir, de participer, de ne pas rester enfermés pour toujours dans la condition de victimes».

“Une conscience humaine, et plus encore une conscience chrétienne, ne peut rester indifférente aux victimes des naufrages et du manque d’aide, à ces cimetières de la mer”

La mer livre des histoires «que nous ne savons pas toujours déchiffrer»: des histoires de douleur, d’espérance et de quête. Chaque vie perdue sur ces routes est un échec pour la famille humaine. Mais, il existe aussi un naufrage silencieux après l’arrivée, a rappelé le Pape: rester seul dans une ville, sans la langue, sans les liens, sans le travail, sans la confiance et exposé à ceux qui profitent de la vulnérabilité.

Des migrants et  acteurs de l’intégration
Des migrants et acteurs de l’intégration   (@Vatican Media)

Le trafic d'êtres humains

Des aspects relevés par Léon XIV, qui a ensuite adressé un message clair à ceux qui «exploitent le désespoir; qui organisent des routes de la mort, font du trafic d’êtres humains, retiennent des documents, exploitent les travailleurs, menacent les femmes, trompent les familles et transforment la souffrance des autres en affaire». «Arrêtez-vous. Convertissez-vous», a lancé Léon XIV. Un appel ferme qui fut interrompu par des applaudissements des personnes présentes. «Les larmes et le sang de ces frères crient à Dieu et leurs souffrances arrivent jusqu’à Lui», a-t-il déploré.

“L’argent arraché à la vulnérabilité des pauvres ne donnera ni paix, ni honneur, ni avenir.”

Ce fort message du Souverain pontife a également résonné sur cette place: «Pour chaque vie perdue, chaque famille trompée, chaque corps soumis, chaque femme menacée, chaque travailleur exploité, ils devront comparaître devant la justice divine». «Brisez ces chaînes et affranchissez ceux qui sont sous le joug. Restituez ce qui a été pris et faites réparation dès que possible. Revenez pendant qu’il est encore temps», car «la miséricorde de Dieu peut atteindre même le pécheur le plus endurci, mais elle n’entre que par la porte étroite de la vérité, de la justice et de la conversion» a dit Léon XIV dans son dense discours.

Un moment consacré aux témoignages
Un moment consacré aux témoignages   (@Vatican Media)

Les migrants d’Amérique latine et des Philippines 

Poursuivant son intervention, l’évêque de Rome a invité à ne pas oublier également les nombreux migrants qui, originaires d’Amérique latine, des Philippines et d’autres régions du monde, font déjà partie vivante de la communauté. «Par leur foi, leur travail et leurs dons, ils aident à la renouveler». L’évêque de Rome a encouragé à «se laisser aussi évangéliser par eux», car «ils apportent sûrement avec eux des dons que la Providence a voulu vous faire parvenir à travers ceux qui s’intègrent».

“Intégrer, c’est empêcher ce deuxième naufrage. C’est aider celui qui est arrivé blessé à ne pas rester éternellement prisonnier de sa douleur, mais à se remettre sur pied, reconnaître ses dons et les offrir à la communauté.”

L'intégration des migrants

L’assistance apporte un baume à la blessure et l’intégration reconstruit l’avenir, a lancé Léon XIV, se focalisation ensuite sur la qusetion de l’intégration: «Intégrer ne signifie pas effacer l’histoire de celui qui arrive ni exiger qu’il abandonne tout ce qui fait partie de sa mémoire». Cela «ne signifie pas non plus créer des mondes parallèles fermés les uns aux autres, où les gens vivent ensemble sans vraiment se rencontrer». L’intégration est un chemin réciproque, a d’emblée fait comprendre le Saint-Père: «celui qui arrive apprend à habiter une terre nouvelle, et celui qui reçoit apprend à agrandir sa maison, sans jamais diluer son identité ni fermer son cœur à l’altérité».

S’adressant directement aux migrants, Léon XIV a rappelé qu’il leur revient une part noble et nécessaire: celle de «s'ouvrir avec confiance à la communauté qui vous accueille, apprendre sa langue, respecter ses lois, connaître ses coutumes, participer à la vie commune et offrir avec gratitude vos dons». Léon XIV considère en effet que «toute société qui accueille a des devoirs envers ceux qui arrivent»; et «celui qui est accueilli découvre aussi que la dignité reconnue comme un droit s’épanouit quand elle devient responsabilité et désir sincère de construire avec les autres». Ainsi, «celui qui est arrivé comme étranger peut retrouver des liens, reconstruire la confiance et se sentir partie vivante d’une communauté. C’est une forme précieuse de miséricorde».

S’intégrer, c’est ouvrir un espace pour qu’une personne puisse se sentir coresponsable. Ainsi, l’étranger d’hier peut être le frère et le voisin d’aujourd’hui

Appel à la communauté chrétienne 

Aux catholiques, le Pape demande quelque chose de plus: «Que l’intégration ne soit pas réduite à une tâche sociale, aussi nécessaire soit-elle. Celui qui arrive dans nos paroisses a besoin de pain, de toit, de langue, de travail et de protection» a affirmé le Successeur de Pierre. Cependant, a-t-il encore ajouté: «il doit trouver une communauté capable d’offrir, par le témoignage de la vie et de la parole, des chemins pour connaître Jésus-Christ, en respectant toujours la conscience et la liberté de chaque personne».

Proximité et patience 

Dans une «ville ouverte» de Tenerife «sans murailles», l’évêque de Rome a encouragé à «apprendre le langage de la proximité, celui qui se passe des mots pour s’exprimer par les mains». L’intégration exige d’apprendre à lire autrement: «Il y a des regards qui voient et pourtant ne reconnaissent pas; ils transforment un visage en chiffre, une histoire en dossier et une différence en distance». C’est pourquoi l’Évangile, a-t-il rappelé, «nous éduque à une lecture plus profonde de la réalité: celle qui naît de la proximité, de la patience et de mains capables d’aider, d’accompagner, d’orienter, d’enseigner et d’ouvrir des chemins».

“Devant celui qui est dans le besoin, la foi devient concrète et l’amour pour le Christ se transforme en gestes”

Les barrières les plus difficiles à abattre ne sont pas toujours faites de pierre, a noté Léon XIV, parfois, elles se trouvent dans le regard, dans la peur ou dans l’indifférence. Pour Léon XIV, la solidarité s’enracine dans «la reconnaissance de la dignité humaine». Elle est appelée à s’engager et à prendre la forme d’un processus. «L’accueil ouvre la porte; l’intégration aide à franchir le seuil». Lors de cette rencontre, le Pape Léon XIV a tenu à remercier la Caritas diocésaine, la Délégation diocésaine de Migrations, les paroisses et tant de réalités ecclésiales et civiles qui «dépassent la simple urgence pour accompagner les démarches de protection, de promotion et d’intégration».

Rencontre avec les acteurs de l’intégration des migrants, sur la place du Christ de La Laguna de Tenerife

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12 juin 2026, 12:02