À Assise, le Pape invite les jeunes à «construire la civilisation de l’amour»
Augustine Asta - Cité du Vatican
C’est une ferveur franciscaine qui plonge Assise, dans une atmosphère proche des Journées mondiales de la jeunesse. Depuis le 3 août dernier, la cité du Poverello, vibre au rythme des chants, des échanges et des prières. Plus de 2 000 jeunes âgés de 18 à 33 ans, croyants comme non-croyants, venus de tout le continent européen participent au «GO! Franciscan Youth Meeting». Pendant quatre jours, ils ont partagé leurs expériences de vie, participé à des ateliers, des temps de formation et de célébration, dans l'esprit de saint François. Et le point d’orgue de cette rencontre des jeunes européens franciscains, c’est le temps d’échange avec le Pape, ce 6 août. Léon XIV a fait son deuxième déplacement dans la cité d’Ombrie, suivant les pas de son prédécesseur François, qui s'y était rendu à six reprises. En effet, le Souverain pontife y était déjà venu en novembre dernier pour rencontrer les évêques italiens.
Fraternité, de paix et de miséricorde
Avant donc de retrouver les jeunes, le Pape s'est recueilli dans la Portioncule. Puis, le frère Marco Vianelli, ministre provincial des Frères Mineurs d’Ombrie et de Sardaigne, a dans son mot de bienvenue, souligné la portée symbolique de cette visite au sanctuaire cher à saint François. En cette année marquée par le huitième centenaire de la mort du «Poverello», il a rappelé que ce lieu demeure le cœur vivant de son héritage spirituel, où résonnent encore les valeurs de simplicité, de fraternité, de paix et de miséricorde qui continuent d’attirer des pèlerins du monde entier.
Le frère Marco Vianelli, a également mis en avant la présence de milliers de jeunes Européens réunis autour de la Portioncule pour réfléchir à des enjeux contemporains tels que la paix, l’identité, la mission, l’économie, la marginalité ou encore la sauvegarde de la création. Après avoir remercié le Souverain pontife d’avoir accepté leur invitation et d’être venu à leur rencontre, il a introduit la phase d’échange en invitant les jeunes à adresser leurs questions au Pape, dans l’espoir de trouver auprès de lui un encouragement à vivre et à témoigner de l’Évangile à la manière de saint François.
Le Saint-Père a ensuite ouvert le temps du dialogue avec les participants. Trois jeunes, venus de différentes régions d'Europe, l'ont interrogé sur trois grands thèmes. Huit siècles après la mort du Poverello, sa figure continue de parler aux nouvelles générations.
«Soyez des artisans de paix»
Karolina, jeune Croate élevée dans une paroisse franciscaine, ouvre la phase de la séance questions-réponses. Aujourd’hui, a-t-elle constaté, «nous vivons dans un monde qui évolue rapidement, où de nombreux jeunes ont du mal à trouver des repères, à construire des relations authentiques et à ouvrir leur cœur à Dieu.» Et de demander alors au Pape: «Quel conseil donneriez-vous à nous, les jeunes qui avons grandi dans la spiritualité franciscaine, afin que nous puissions rester d’authentiques disciples du Christ et apporter de l’espérance à nos camarades, sans perdre la joie de l’Évangile, la simplicité du cœur et cette proximité avec les gens qui rend crédible tout témoignage chrétien?». Léon XIV a répondu en expliquant que la «présence des franciscains avait inspiré pendant des siècles le dialogue et favorisé la coexistence pacifique entre catholiques, orthodoxes et musulmans». C’est pourquoi, «être fidèle à cette tradition de proximité signifie aller à contre-courant, en œuvrant à la purification de la mémoire et en cultivant la réconciliation», a -t-il précisé.
Le Pape a par ailleurs insisté sur le fait que «les chrétiens seront de plus en plus appelés à devenir des artisans de paix au sein de sociétés tentées d'instrumentaliser la religion pour opposer les identités.»
«Apprenez de saint François la radicalité évangélique, qui est à l'opposé du fondamentalisme: elle ne rend pas aveugles ni violents, mais sensibles, attentifs, humbles et accueillants envers tous», a fait savoir l’évêque de Rome. Dans une époque dominée par les écrans, il a invité également les jeunes à retrouver la beauté des relations réelles. «Témoignez de cette manière d'être partout, surtout à une époque où la technologie nous déshabitue d'être ensemble, entre personnes de chair et d'os», a exhorté le Successeur de Pierre.
Un «oui» définitif
Répondant à Giovanni, un jeune inquiet de la «culture du provisoire», Léon XIV a indiqué que «dans ce contexte, le courage de faire un choix définitif est peut-être l'acte le plus révolutionnaire.» Pour le Pape, prononcer un «oui» pour toujours n'est pas une prison mais une aventure. «Aimer, c'est un exode, une route à découvrir, un chemin que Dieu parcourt avec nous», a rappelé le Successeur de Pierre, qui a livré également un témoignage personnel sur son propre parcours vocationnel. «Le Seigneur ne m'a jamais laissé seul. Il a toujours mis sur mon chemin des personnes avec lesquelles marcher», a-t-il déclaré.
L’amour du Christ
La troisième question, posée par Luigi, a porté sur les blessures de l'Église et le regard critique que beaucoup de jeunes portent sur elle. «Il faut reconnaître et laisser agir Jésus ressuscité dans notre vie», a répondu Léon XIV. Reprenant l'appel entendu par saint François devant le crucifix de Saint-Damien, le Pape a rappelé que «chacun de nous a un rôle à jouer dans ce chantier toujours ouvert.» Ainsi, «nous parlerons de l'Église avec l'affection avec laquelle on parle d'une mère», a-t-il soutenu.
Dans les rues d'Assise comme sur le parvis de la Portioncule, les sacs de couchage des participants rappellent ceux des premiers frères franciscains réunis autour de leur fondateur, il y a huit siècles, a fait remarquer le Pape. Et de conclure: «Comme il est beau d'être ensemble pour parler de Dieu et, à sa lumière, de la vie elle-même».
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