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Méditation du 4e dimanche TO A :«Les Béatitudes révèlent un autre type de sagesse»

Le Père Jésuite Éric Goeh-Akue nous introduit à la méditation avec les textes du 4e dimanche du Temps Ordinaire, Année A

Chers frères et sœurs, la paix du Christ !

Nous vivons un temps où la paix ne semble plus être reconnue comme un bien précieux à cultiver. Un temps où beaucoup se sentent bousculés, inquiets, parfois découragés — un peu partout dans le monde, mais aussi tout près de nous, dans nos familles, nos lieux de travail, nos communautés. Les nouvelles de conflits se succèdent, les tensions s’accumulent, et il devient difficile de savoir comment tenir debout sans se durcir ni se replier sur soi. Dans ce contexte, la paix apparaît souvent comme une fragilité plutôt que comme une force.

Et la Parole de Dieu pourrait alors nous sembler lointaine… et pourtant, elle nous rejoint précisément là où nous en sommes.

Aujourd’hui, dans l’Evangiel, Jésus voit les foules — des hommes et des femmes fatigués, chargés d’attentes, de blessures, de questions — et il monte sur la montagne. Il ne fuit pas le tumulte du monde ; il prend de la hauteur pour mieux parler au cœur des hommes. Il ne propose ni solution rapide ni discours rassurant, mais un chemin. Et ce chemin commence par des paroles étonnantes : « Heureux… », alors que tout autour semble dire le contraire. Écoutons-les comme des paroles vivantes, capables d’éclairer notre manière de vivre et de traverser ce monde agité.

Car ce que Jésus appelle heureux ne correspond pas à ce que notre monde valorise. Heureux les pauvres de cœur, ceux qui pleurent, les doux, les artisans de paix… Rien de spectaculaire, rien de dominant. Et c’est ici que saint Paul éclaire les Béatitudes : Dieu ne choisit pas ce qui est fort aux yeux du monde, mais ce qui est faible ; non ce qui impressionne, mais ce qui semble fragile, parfois méprisé.

Les Béatitudes ne sont pas une évasion spirituelle. Elles révèlent une autre sagesse. Dieu choisit ce qui paraît faible pour désarmer la violence, ce qui ne fait pas de bruit pour faire naître la vie. Elles deviennent ainsi une parole de résistance douce, au cœur même de nos agitations.

Dans un monde qui glorifie la puissance, Jésus proclame heureux les doux. Dans un monde obsédé par la réussite, Dieu passe par ceux qui n’ont rien à faire valoir. Dans un monde qui se protège par la dureté, Dieu agit à travers des cœurs pauvres, ouverts, disponibles.

Cela change notre regard sur Dieu, mais aussi sur nous-mêmes. Nous n’avons pas à prouver notre valeur. Nous n’avons pas à être forts en permanence. Notre dignité vient de Celui qui nous appelle. Là où le monde voit faiblesse, Dieu reconnaît ses enfants.

Et ce chemin des Béatitudes commence très concrètement, là où nous sommes : à la maison, quand le ton monte en famille et que l’on choisit de se taire un instant ; au travail, quand on refuse d’entrer dans une critique facile ; dans nos relations, quand on prend le temps d’écouter une souffrance. Quand nous acceptons de ne pas avoir le dernier mot, quand nous refusons une parole qui humilie, quand nous posons un geste de justice ou de paix, même discret.

Devenir artisan de paix, ce n’est pas faire de grands discours. Ce n’est pas être parfait ni toujours patient. C’est souvent quelque chose de très petit : apaiser une tension, choisir la douceur dans une discussion tendue, rester en relation quand tout pousse à se fermer, ou continuer à espérer quand la fatigue invite au découragement.

Rien d’extraordinaire, mais quelque chose de vrai. Car Dieu continue de bâtir son Royaume à travers ces choix simples. Le Royaume commence déjà là où quelqu’un console, apaise, pardonne, espère — souvent sans reconnaissance, parfois même sans en avoir conscience.

Et si fierté il y a, qu’elle soit mise dans le Seigneur. Car là où le monde voit faiblesse et fragilité, Dieu fait déjà naître la vie.

Dans notre prière de ce dimanche, demandons la grâce de poser cette semaine un seul geste simple : retenir une parole qui blesse, prendre le temps d’écouter quelqu’un qui souffre, ou faire un pas de paix là où la tension s’est installée. Amen

31 janvier 2026