3e méditation du Carême: la mission chrétienne naît d’une vie transformée par l’Évangile
Moriba Camara, S.J. - Cité du Vatican
Après avoir médité sur la conversion (première méditation) et la fraternité (seconde méditation), cette troisième méditation du Carême voulu comme un parcours spirituel conduit à «la mission», présentée par le père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale comme «un accomplissement». «La conversion et la fraternité ne sont pas une fin en soi: elles trouvent leur accomplissement dans la mission», a-t-il souligné. Évoquant l’exemple du “pauvre d’Assise”, il a rappelé que «ce que François a reçu – une sensibilité transformée, la joie de ses frères et sœurs, la découverte d’un Dieu qui aime en se dépouillant de lui-même – ne peut être gardé pour soi, mais est appelé à rayonner et à toucher la vie des autres». La mission apparaît ainsi comme un mouvement intérieur qui se prolonge vers autrui, vers le frère, enraciné dans l’expérience de Dieu.
Témoigner avant de parler
«Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la Parole de vie, […] nous vous l’annonçons aussi, afin que vous soyez en communion avec nous» (1 Jean 1, 1-3). Au cœur de la méditation du père Pasolini se trouve une conviction forte, celle de la primauté du témoignage sur la parole.
«D’abord vient la communion à la vie, ensuite l’annonce du salut. D’abord vient la contemplation de la Parole, ensuite la parole qui témoigne de sa présence. On ne peut véritablement parler de ce qui n’a pas encore pris racine en soi», rappelle le frère capucin. Dans cette perspective, «l’Évangile n’est pas communiqué comme une simple nouvelle, “un message à transmettre”; il est donné comme une vie qui se construit peu à peu». Saint François met en garde contre une annonce superficielle: «C’est une grande honte pour nous, serviteurs de Dieu, que les saints aient accompli des œuvres, et que nous souhaitions recevoir gloire et honneur en nous contentant de les raconter.» (Exhortation VI, 3 ; FF 154).
Ainsi, annoncer le Christ signifie se laisser transformer par la présence du Christ lui-même, «engendrer le Christ ne signifie pas parler en bien de lui ni convaincre autrui par des paroles éloquentes. Cela signifie laisser sa présence transformer véritablement notre vie, au point de devenir visible aux yeux des autres».
Se laisser accueillir avant d’annoncer
Le père Pasolini a insisté également sur une dimension essentielle de l’évangélisation, celle du «savoir recevoir avant de donner». Rappelant les recommandations d’envoi des frères en mission de François, inspiré de celle du Christ «Allez, mes bien-aimés, deux par deux, dans les différentes parties du monde et proclamez la paix et la pénitence pour le pardon des péchés; soyez patients dans la persécution, confiants que le Seigneur accomplira son plan et tiendra ses promesses. Répondez humblement à ceux qui vous interrogent, bénissez ceux qui vous persécutent, remerciez ceux qui vous insultent et vous calomnient, car le royaume éternel nous est préparé». Selon le prédicateur apostolique, la logique missionnaire est claire: «d’abord se laisser accueillir, ensuite le proclamer.».
Cette attitude missionnaire suppose humilité, confiance et sens de fraternité. Elle permet de reconnaître que l’autre n’est pas seulement destinataire, mais aussi porteur d’un bien déjà présent. Dans cette perspective, «évangéliser signifie dire à l'autre – même sans rien dire – qu'il est beau qu'il existe, que sa vie a de la valeur».
Attendre les questions, écouter avant de répondre
Autre dimension soulignée par le père Pasolini, est celle de la capacité à écouter et à attendre. «Évangéliser, dans cette perspective, ne signifie pas apporter des réponses immédiates, mais savoir attendre que les questions émergent. C’est une attitude intérieure, avant même une manière de communiquer: elle naît de la conviction que Dieu confirme et complète notre humble témoignage», a affirmé le prédicateur. Cette pédagogie, inspirée de l’attitude du Christ, invite à accompagner les personnes dans leur cheminement, sans imposer de réponses prématurées. Les questions elles-mêmes deviennent alors «un lieu où Dieu est présent et à l’œuvre».
La rencontre comme lieu de révélation
Le prédicateur de la Maison pontificale a évoqué également la rencontre de saint François avec le sultan d’Égypte comme modèle d’un dialogue authentique. Dans un contexte de guerre, cette rencontre n’a pas conduit à une conversion immédiate, mais à une reconnaissance mutuelle. Le véritable fruit n’est pas le succès visible, mais la qualité de la relation: «François revient sans résultats apparents, mais avec une conscience plus profonde: l’Évangile ne se proclame pas pour conquérir, mais pour rencontrer. L’autre n’est pas une chose à attendre, mais une seconde fois avant de s’arrêter, pour prêter attention à notre sollicitude». Ainsi, la mission chrétienne devient un espace de respect, où chacun peut exprimer le meilleur de son humanité. Car, «évangéliser ne signifie pas combler la distance à tout prix, mais la franchir sans l’effacer, en préservant la différence dans l’espace où Dieu continue d’agir au cœur de chacun».
Une mission vécue dans l’humilité
Enfin, le frère capucin a souligné que l’annonce de l’Évangile passe par une attitude d’humilité radicale. Il a rappelé que saint François invite toujours ses frères à être «soumis à toute créature humaine par amour pour Dieu». Cette «soumission» n’est pas faiblesse, mais choix libre de respect et de dialogue. Elle s’enracine dans l’exemple du Christ lui-même, qui «s’est dépouillé lui-même, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu comme un simple homme, il s’est abaissé, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même à la mort sur une croix» et a choisi la voie du service. Ainsi, «proclamer le Christ depuis une position de supériorité ou de contrôle risque de trahir l'Évangile même que nous cherchons à communiquer».
Une Église appelée à témoigner par la vie
En conclusion, la méditation prêchée par le père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale dans la salle Paul VI rappelle que la mission chrétienne ne se réduit pas à une activité ou à un discours. Elle naît d’une vie habitée par l’Évangile et s’exprime dans la relation aux autres, et «c'est précisément cette petitesse, cette humilité vécue, qui rend féconde la proclamation de l'Évangile». Dans un monde en quête de sens, cette approche propose un chemin exigeant mais fécond: celui d’une annonce discrète, patiente et incarnée, où «l’action silencieuse et efficace du Saint-Esprit» fait mûrir les fruits de l’Évangile.
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