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Le Pape Léon XIV lors de la veillée de prière pour la paix, samedi 11 avril 2026. Le Pape Léon XIV lors de la veillée de prière pour la paix, samedi 11 avril 2026.  (ANSA) Éditorial

Les Papes et les guerres à l'époque contemporaine

Face à la puissance destructrice des armes modernes, il est très difficile de parler, comme on le faisait au cours des siècles passés, de la possibilité d’une «guerre juste». Dès 1963, Jean XXIII écrivait dans Pacem in terris qu’à l’ère atomique, il est presque impossible de penser que la guerre puisse être considérée comme un instrument de justice. C’est dans cette lignée que s’inscrit Léon XIV, qui fait de la paix l’un des thèmes centraux de son pontificat.

Andrea Tornielli *

Alors que l'on recommence à parler de «guerre juste», il convient de rappeler l'enseignement de paix des Souverains pontifes qui se sont succédés sur le siège de Pierre au cours des cent dernières années. Cet enseignement s'est progressivement enrichi et approfondi, jusqu'à que soit considéré comme de plus en plus difficile la possibilité qu'il existe une «guerre juste». Les réflexions sur la théologie des siècles passés et sur les justifications possibles de la guerre ne tiennent pas compte du fait que, lorsque les théologiens d’autrefois écrivaient sur ces thèmes, les guerres se menaient à coups d’épées et de bâtons, et non avec des engins meurtriers et des drones pilotés par des machines, un fait qui soulève des questions morales d’une intensité dramatique. En effet, la prise de conscience que la guerre n’est pas une voie à suivre s’est de plus en plus affirmée.

De la lettre de Benoît XV aux belligérants en 1917, qui qualifie la Première Guerre mondiale de «massacre inutile», aux tentatives de Pie XII pour éviter le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale; des paroles de Jean XXIII dans Pacem in terris, qui écrivait déjà en 1963 qu’«il est presque impossible de penser que, à l’ère atomique, la guerre puisse être utilisée comme instrument de justice», au cri de Paul VI à l’ONU «plus jamais la guerre», jusqu’aux tentatives restées sans écho de Jean-Paul II pour éviter les conflits désastreux au Moyen-Orient, les successeurs de Pierre n’ont pas manqué de faire entendre leur voix empreinte de prophétie et de réalisme, en étant le plus souvent ignorés, hélas.

Le texte de référence est avant tout le Catéchisme de l'Église catholique, qui reconnaît le droit à la légitime défense mais impose également des «conditions strictes» à la guerre défensive. «Il faut simultanément: que le préjudice causé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain; que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces; qu’il y ait des chances fondées de succès; que le recours aux armes ne provoque pas des maux et des troubles plus graves que le mal à éliminer». Dans l’évaluation de cette condition, la puissance des moyens modernes de destruction a un poids considérable. Qui peut nier que l’humanité se trouve aujourd’hui au bord du gouffre précisément à cause de l’escalade du conflit et de la puissance des «moyens modernes de destruction»?

Le «non» à la guerre a été réitéré avec une force croissante, notamment sous le pontificat du Pape François qui, dans l’encyclique Fratelli tutti, a écrit: «On opte facilement pour la guerre en avançant toutes sortes d’excuses apparemment humanitaires, défensives ou préventives, en recourant même à la manipulation de l’information. En effet, au cours des dernières décennies, toutes les guerres ont prétendu avoir une ‘justification’ (…) Le problème est que, depuis le développement des armes nucléaires, chimiques et biologiques, et les possibilités énormes et croissantes offertes par les nouvelles technologies, on a donné à la guerre un pouvoir destructeur incontrôlable, qui touche de nombreux civils innocents. En vérité, 'jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle en fera bon usage’. Nous ne pouvons donc plus envisager la guerre comme une solution, car les risques seront probablement toujours supérieurs à l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est aujourd’hui très difficile de défendre les critères rationnels élaborés au cours des siècles passés pour parler d’une éventuelle «guerre juste». «Plus jamais la guerre!».

Son successeur, Léon XIV, a fait de la paix l’un des thèmes centraux de son pontificat. Face à la folie de l’escalade guerrière et aux dépenses démesurées consacrées au réarmement, il suit avec autant de réalisme que de clairvoyance la voie déjà ouverte par ses prédécesseurs en appelant à la paix, au dialogue et à la négociation. Les massacres de civils perpétrés ces dernières années ébranlent la conscience de milliards de personnes à travers le monde, qui se tournent vers l’évêque de Rome. Le Pape Léon, comme Jésus l’a fait à Gethsémani, invite avec force à remettre l’épée dans son fourreau. «Partout, on perçoit des menaces au lieu d’appels à l’écoute et à la rencontre», a-t-il déclaré lors de la veillée de prière du samedi 11 avril. Expliquant que celui qui prie a conscience de ses limites, il ne tue pas et ne menace pas de mort. Au contraire, celui qui a tourné le dos au Dieu vivant est asservi à la mort, pour faire de lui-même et de son propre pouvoir une idole muette, aveugle et sourde, à laquelle sacrifier toute valeur et exiger que le monde entier s’agenouille. «Finissons-en avec l'idolâtrie de soi et de l'argent! Finissons-en avec l'étalage de force! Finissons-en avec la guerre! La véritable force se manifeste dans le service de la vie.»

* Directeur éditorial des médias du Saint-Siège

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15 avril 2026, 15:00