Recherche

Rencontre du Pape avec les migrants du Centre Las Raíces, lors de son voyage apostolique effectué en Espagne. Rencontre du Pape avec les migrants du Centre Las Raíces, lors de son voyage apostolique effectué en Espagne.   (@Vatican Media)

L’évêque de Tenerife: «Le Pape a réussi à conquérir le cœur des Espagnols»

Dans une interview accordée aux médias du Vatican, Mgr Eloy Santiago revient sur la visite du Pape en Espagne. Il confie avoir été marqué par la proximité du Pape envers les migrants et souligne que le droit d’émigrer en toute sécurité doit être garanti. Il soutient également qu’«il faut mettre tout en œuvre pour que les gens ne soient pas contraints de fuir».

Antonella Palermo - Envoyée spéciale à Tenerife

Quelques jours après la visite du Pape en Espagne, Mgr Eloy Santiago, évêque de San Cristóbal de La Laguna, à Tenerife, dresse le bilan de la visite du Pape. Un grand tableau accroché à l’entrée de la maison épiscopale représente Léon XIV. Il a été béni par le Souverain pontife lui-même durant son séjour: Aux pieds du Pape sont représentés les nombreux migrants qui débarquent sur l’île et qui implorent de l’aide. Dans une interview accordée aux médias du Vatican, l'évêque commente la visite du Successeur de Pierre sur l’île et, plus généralement, le voyage apostolique en Espagne.

Le tableau représentant Léon XIV
Le tableau représentant Léon XIV

Excellence, quel bilan pouvez-vous dresser de la visite du Pape venu pour la première fois sur cette bande de terre de l’Atlantique?

Le bilan est très positif: cela s’est vu partout, dans la joie des gens. Ce fut véritablement un moment de grâce et de bénédiction pour nous en tant que peuple, mais aussi pour l’ensemble de la société des Canaries. Un moment vécu en profondeur, même par les non-catholiques. Un événement qui a dépassé le cadre de notre foi, car le Pape est considéré comme une figure internationale en faveur de la paix et de la dignité humaine, comme il nous l’a d’ailleurs déjà montré dans sa première encyclique. Ils étaient nombreux à vouloir le voir et l’écouter.


L’appel à la conversion des trafiquants a été particulièrement fort. Quel impact les paroles de Léon XIV ont-elles eu? Pensez-vous qu'elles auront un écho ?

Je veux croire que oui. Ce sont des paroles très fortes, et la manière dont il les a prononcées m’a immédiatement fait penser à l’appel que Jean-Paul II avait lancé aux mafieux en Sicile. J’espère qu’elles toucheront le cœur de ces personnes qui sont capables de profiter de la vulnérabilité d’autrui pour en tirer profit. Que leurs agissements malveillants cessent. Combien de vies sont perdues à cause de ces intérêts économiques qui tirent profit de la souffrance d’autrui… Combien de personnes sont traitées comme des objets et non comme des personnes! Ce fut l’un des moments les plus intenses qui m’a profondément ému.

La rencontre à Las Raíces a permis de mettre en lumière une réalité dont on parle peut-être peu. Quel sera le destin de ce lieu, selon vous?

J’espère qu’il est voué à disparaître, qu’il ne sera plus nécessaire. Lorsque les nations seront ouvertes à l’accueil officiel et régulier des migrants, on n’aura plus besoin de ces structures si grandes et, d’une certaine manière, inhumaines vu le nombre de personnes qui y vivent. Aujourd’hui, ils sont environ 600, mais il y a eu des périodes où ils étaient jusqu’à quatre mille. Ce n’est pas un endroit adapté pour eux. Malheureusement, nos îles sont devenues pour eux comme une cage. Ce n’est pas normal. Je pense que lorsqu’on regarde leurs visages, le cœur humain ne peut faire de distinction, et tous les discours idéologiques ne peuvent que s’effondrer.

 La maison épiscopale
La maison épiscopale

Y a-t-il une scène qui vous a particulièrement marquée?

Sans aucun doute la proximité du Pape avec les enfants migrants, en particulier envers cette petite fille à Las Raíces… Le Pape ne se pressait pas, il accordait de l’importance à chacun… Ses gestes étaient magnifiques.

Deux groupes de migrants, composés de Somaliens, de Soudanais, de Libériens et de Gambiens, ont été secourus la nuit dernière par les navires de deux ONG et conduits à Lampedusa. Comment voyez-vous ces voyages de l’espérance, ces opérations de sauvetage menées par les ONG qui sont tant criminalisées par certains dirigeants politiques?

Il est difficile d’accepter cette attitude de politiciens dépourvus de toute compassion envers les personnes qui souffrent. Je ne les comprends pas, pas du tout. Il faut continuer à parler, à donner la parole aux migrants, pour montrer qu’il s’agit d’un problème mondial. Et il faut une réponse tout aussi mondiale, inspirée par des critères d’humanité.

L'étape du Pape aux Canaries est liée à celle qui aura lieu à Lampedusa. Que pensez-vous de la décision de Léon XIV de se rendre sur l'île le 4 juillet prochain?

Je pense que la date et le lieu choisis parlent d'eux-mêmes. Le message que le Pape souhaite faire passer est évident. Sur la route de l'Atlantique aussi, un millier de personnes meurent malheureusement chaque année. La visite à Lampedusa sera très significative, car la Méditerranée est une mer où trop de personnes meurent également en tentant d’atteindre les côtes européennes. Ce sera l’occasion de rappeler ce qu’a déjà fait le Pape François. J’espère qu’un appel important sera renouvelé afin de pouvoir poursuivre sur la voie de la fraternité universelle et de l’amitié; nous formons une seule famille humaine et nous devons nous accueillir les uns les autres.


Alors, que vous inspire le mot «rémigration»?

Je ne veux pas l'entendre, car c'est le signe que l'humanité a échoué. On ne peut pas parler en ces termes. La vie humaine, depuis la création du monde, a toujours été en mouvement. Le droit d’émigrer en toute sécurité doit être garanti. Il s’agit souvent de migrations forcées: il faut tout mettre en œuvre pour que les gens ne soient pas contraints de fuir, mais une fois partis, ils ne peuvent plus revenir en arrière. Ils doivent pouvoir vivre dignement.

Plus généralement, quel est votre bilan du voyage apostolique de Léon XIV en Espagne?

J’ai été stupéfait. La réponse a été exceptionnelle. Je pense que le Pape a réussi à conquérir le cœur des Espagnols. Il m’a dit à quel point il avait été particulièrement touché par cet enthousiasme. J’espère que cela constituera un élan pour aller de l’avant dans l’évangélisation, au sein d’une Église au service des plus pauvres et vivante.

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici.

16 juin 2026, 12:27