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Le Pape Léon XIV a rencontré les migrants du centre d’accueil «Las Raíces», à Santa Cruz de Tenerife dans les Îles Canaries. Le Pape Léon XIV a rencontré les migrants du centre d’accueil «Las Raíces», à Santa Cruz de Tenerife dans les Îles Canaries.  (@Vatican Media)

Des migrants à Tenerife: «Nous ne sommes pas seulement des numéros»

Lors de la dernière étape de son voyage apostolique en Espagne, sur l’ile de Tenerife, le Pape Léon XIV a réaffirmé son soutien aux migrants en quête d’une vie meilleure. «Nous sommes tous, d'une certaine manière, des migrants», avait lancé le Souverain pontife devant plusieurs centaines de migrants réunis au centre «Las Raíces». Au micro des médias du Vatican, cinq migrants rencontrés à Tenerife partagent leurs histoires, leurs craintes, leurs rêves et leurs espérances.

Augustine Asta – Envoyée spéciale à Tenerife

À Tenerife, porte d’entrée de nombreux migrants vers l’Europe, derrière chaque arrivée se cachent des récits de celles et ceux qui ont traversé les frontières pour reconstruire leur avenir. Les parcours se croisent mais les motivations se ressemblent souvent: protéger sa famille, fuir l’insécurité ou offrir un avenir meilleur à ses enfants.

Elizabeth, originaire du Sénégal, vit sur l’île depuis 2010. Arrivée dans le cadre d’un regroupement familial avec son fils aîné, elle partage aujourd’hui sa vie entre son mari, ses quatre enfants et son travail à la Croix-Rouge. «Je suis venue chercher un bon futur pour mes enfants. Je n’avais pas eu les moyens d’étudier comme je l’aurais voulu. Je voulais que mes enfants aient cette chance», explique-t-elle. Son intégration n’a pas été sans difficulté. La langue représentait une difficulté importante à son arrivée, mais elle évoque surtout l’accueil chaleureux reçu de la part des habitants. «J’ai trouvé des gens qui m’ont bien accueillie. J’ai appris à vivre avec eux», affirme-t-elle.

La douleur du départ

Si Elizabeth a pu rejoindre légalement son mari, elle se considère pleinement comme une migrante. «Je suis migrante aussi parce que je suis venue chercher un futur pour mes enfants», note la jeune femme. Derrière cette nouvelle vie, elle vit au quotidien avec la tristesse de l’éloignement des proches restés au Sénégal. «C’est très difficile de laisser sa mère, ses frères, sa famille. Des fois je suis triste parce qu’ils ne sont pas avec moi. Mais c’est ça l’immigration: c’est un peu dur», confie-t-elle le regard évasif.

À la Croix-Rouge, où elle accompagne depuis six ans des femmes arrivées par la route maritime, elle retrouve une forme de famille de substitution. «Quand quelqu’un perd un parent ou un frère dans l’eau, nous sommes tristes avec eux. Là-bas, je me sens en famille», explique-t-elle.

Elizabeth, originaire du Sénégal.
Elizabeth, originaire du Sénégal.

La route de l'Atlantique

Chaque jour, Elizabeth recueille des récits qui la marquent profondément. Des histoires de naufrages, de mutilations, de violences sexuelles ou de séparations définitives. Parmi les souvenirs les plus douloureux, elle évoque un père arrivé après avoir perdu sa femme et son enfant en mer, ou encore une jeune fille guinéenne dont les deux pieds et les deux mains ont dû être amputés après la traversée. «Elle ne peut plus manger seule. Elle restera alitée toute sa vie. Comme mère, voir ça est très difficile». «Certaines ont été violées, sont tombées enceintes pendant le voyage, ont contracté des maladies. Personne n’a choisi cela» raconte-t-elle la voix tremblante. Les enfants, eux aussi, fait-elle savoir, portent les stigmates de l’exil: «Quand ils arrivent, leurs regards sont perdus. Ce sont des innocents. Les voir comme ça fait mal.»

«Sans papiers, tout devient difficile»

Pour Elizabeth, la question migratoire ne se résume pas à l’arrivée sur le territoire européen. L’accès aux droits et aux documents administratifs reste un parcours parsemé d’embuches. «Si tu n’as pas de papiers, c’est très difficile de travailler. Chaque personne qui est venue ici cherche à aider sa famille», regrette-t-elle. «Il faut faciliter les voies légales de migration», car les «gens prennent la mer parce qu’on ne leur donne pas d’autres possibilités. Ils risquent leur vie. Si on pouvait voyager sans emprunter ces routes dangereuses, ce serait meilleur pour tout le monde», souligne-t-elle.

Des migrants du centre «Las Raíces», saluant le Pape.
Des migrants du centre «Las Raíces», saluant le Pape.   (@Vatican Media)

Fuir la guerre pour sauver sa vie

Pour Cédric, jeune Malien arrivé à Tenerife après un passage par la Gambie, la migration est d’abord une question de survie. «À cause de la guerre et des souffrances au Mali, je suis venu ici pour me protéger», déclare-t-il.

Aujourd’hui, il aspire à construire une nouvelle vie tout en soutenant les proches restés au pays. «Je vais essayer d’aider mes frères qui sont au Mali», fait-il savoir. Malgré les difficultés, et les souffrances après un voyage périlleux depuis les côtes africaines, il assume pleinement sa décision, mais à ceux qui envisagent le même parcours, il adresse un message de prudence: «Il faut être courageux et patient. Ce n’est pas facile de venir ici.»

Des ‘‘petits’’ rêves

Mohamed, arrivé de Gambie, résume les aspirations de nombreux jeunes migrants rencontrés à Tenerife. «Je suis venu pour aider ma famille.» «Mon premier rêve, c’est d’avoir les papiers. Après, je pourrai décider de mon avenir», dit-il. Même discours chez Diarra, également originaire du Mali, qui souhaite devenir mécanicien afin de soutenir les siens. «Mon avenir, c’est sauver ma famille», soutient-t-il.

Souleymane, lui aussi, évoque avant tout la volonté de travailler et de réaliser ses projets. «Mon rêve est de travailler pour aider mes parents.» Tous partagent le même espoir: construire une vie digne grâce à l’emploi, à la stabilité administrative et à l’intégration.

Le Pape au centre «Las Raíces».
Le Pape au centre «Las Raíces».   (@Vatican Media)

Une même quête de dignité

«Nous ne sommes pas seulement des papiers ou des numéros», rappelle Elizabeth. Lors de la rencontre avec les acteurs de l’intégration des migrants, sur la place du Christ de La Laguna de Tenerife, le Pape avait d’ailleurs insisté sur le fait que les migrants sont «avant tout des personnes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu», plutôt que des «catégories juridiques ou de problèmes à gérer». «Nous sommes tous de migrants; nous sommes tous des pèlerins en route vers la patrie céleste», «aidons-nous les uns les autres à faire de cette traversée un lieu plus humain pour tous, en apportant chacun ce que nous pouvons», avait exhorté plutôt le Saint-Père au centre «Las Raíces».

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13 juin 2026, 18:46